Chic chic chic !! Gilles Peterson vient de nommer le label anglais Strut Records « label of the year 2014 ». Bien mérité !

 

Adoubées à l’occasion de cette nomination, deux sorties remarquables: l’anthologie du Sun Ra Archestra rondement confectionnée par son éminence Marshall Allen ; et la compile « Spirit of Malombo », qui enrichit la série « Next Stop to Soweto » dont j’aimerais vraiment beaucoup que les producteurs s’empressent d’en repiquer quelques fabuleuses parties rythmiques. Malheureusement, peu de choses à mettre en rapport avec le propos de cette rubrique, et pour cause: question sampling, c’est, disons… trop frais.

 

Qu’à cela ne tienne ! J’ai trouvé mon accroche, et la petite centaine de sorties listées par Strut depuis sa résurrection en 2008 nous offre assez de matière pour digger toute l’année. J’ai choisi la mienne, qui date de 2010. Premier contact avec le label… et quelle découverte ! “The Blank Generation: Blank Tapes 1975-85”. Aucun rapport avec Richard Hell, hein...

 

Strut a pour habitude de remettre au goût du jour des musiques qui ne brillent pas forcément par leur rareté, comme on aurait pu le désirer instinctivement, mais qu’on n’aurait pas vues sous le même angle avant la sortie de la compile. Les sélections sont fines, souvent laissées à des maîtres, les disques sont beaux, il y a de belles sorties en 180g: ils savent faire des trucs attractifs, pour les collectionneurs comme pour les néophytes.

 

Outre des sorties originales et repress remarquables, leurs compilations sont vraiment bien foutues, bien documentées, couvrent à peu près tout ce qu’on peut assimiler à de la “dance music”, du jazz à la house de Chicago - ou justement l’acid qui ne vient pas de Chicago, l’angle d’attaque de Richard Sen -, à la funk nigériane, aux sélections toujours détonnantes des mecs d’Horse Meat Disco.

 

On ne se limite pas à une thématique musicale: on rappelle le contexte, on rend hommage à un label, un producteur, incontournable ou oublié, à une démarche. Mon choix s’arrête sur des rééditions d’un producteur trop facilement zappé, discret, un “rat de studio”, passé par le jazz, les musiques latines, et finalement initiateur d’un son disco qui allait marquer profondément, dès les années 80, la musique new-yorkaise : Bob Blank.

 

Passées par son Blank Tape Studio, les bandes des Talking Heads, de David Byrne seul, d’Ashford & Simpson, d’Arthur Russell, de Kid Creole et ses noix de coco, ou, en gros, de la majorité du catalogue ZE Records ont, notamment grâce à sa patte magique et son ouverture, eu le succès qu’on leur connaît.

 

Dans la compilation que Strut dédiait à Bob Blank en 2010, il était naturel de trouver ce tube de Fonda Rae, « Over Like a Fat Rat », dont la basse (James Calloway ?) s’est imprimée ad infinitum dans l’imaginaire des danseurs, passionnés de disques et de musique dansante, et qui sera le thème de la présente sélection.

 

Blank est bien accompagné. On compte parmi les compositeurs un autre incontournable de la scène de New York, Leroy Burgess, et son cousin Sonny Davenport. Squelettique mais groovy à mort, tout en laissant assez de boucles rythmiques et de basses tourner dans le vide pour qu’on puisse les choper, ce morceau a donné de la matière à toute une génération de producteurs hip-hop, et ce dès l’année de sa sortie en 1982. Une composition si efficace - par sa simplicité, l’envie de danser qu’elle provoque immédiatement, et, bien sûr, le son - n’a pas vraiment besoin de traitement. Pas mal de reprises sont, bah euh… des reprises !

 

Le premier échantillonage marquant, qui intégrera pleinement ce thème dans le paysage hip-hop new-yorkais pour les 30 années à venir, est celui de Marley Marl, avec l’instru du « Erik B. is President » de Rakim, en 1986, où la basse fait oeuvre de mélodie sur le “Funky President” beat de James Brown, entre autres sons d’ambiance.

 

Quand après avoir traversé l’Amérique ces quelques mesures passent dans les studios de la côte Ouest, la source est trop rapide pour coller au tempo local. On rejoue la ligne de basse au synthé, sur fond vrombissant de kicks Roland. L’appropriation est de plus en plus assumée; du découpage de pistes on est repassé aux instruments… un riddim est né !

 

Pour boucler la boucle, c’est probablement en s’inspirant du fameux « Another Lever » du californien Dangerous Dame, et non pas de la version qui fait de lui le Président, qu’Eric B. repense ce que son pote avait samplé presque dix ans plus tôt. Entre temps et après, quelques (futures) légendes se sont approprié le thème, en ont fait d’autres classiques: De La Soul, Doug E. Fresh, Pete Rock

 

On a droit à une version dépitchée en 89, à une version mashup super-grand-public pour la BO du film “Strictly Business”, une reprise R’n’B d’Erick Sermon… ou plus dans un game “underground”, le clin d’oeil de Kool G. Rap à Big L, “Lifestyles of the Rich & Famous”, toujours sur la même instru.

 

Le morceau est finalement repris par Fonda Rae elle-même sur un édit de mauvais goût, ou disons, “daté”, signé sur le label de Joey Negro, le « Over Like A Fat Rat (Jazz-N-Groove Remix) ». Fin des années 2000 - toute une époque ce nom de remix kitchouille.

 

Et bon prétexte pour revenir au disque source, signé Vanguard, tout droit sorti du Blank Tape Studio.

 

Bientôt trente ans après sa production, c’est tel quel, à quelques cuts et jeux d’equalizer près, que le morceau sert une nouvelle génération - le flow de Kokane.Signe que les étiquettes sont petites et tangibles face aux grandes oeuvres, ce qu’on aurait appelé “boogie disco” en 82 est appelé “G-Funk” sur Youtube, désormais. Derrière, par contre, le son n’a pas changé d’un pouce !

 

LES UÈRÈLES:

 

Pour revenir sur la compile, sur Bob Blank, cliquez par-ci, cliquez par-là. Désormais sur Internet c’est à portée de tout le monde… sauf quand la page de vente officielle du disque en question a été piratée par une bande de poissons multicolores. Non vraiment, je déconne pas: http://www.theblankgeneration-blanktapes.com

 

N’ayant pas trouvé de site distributeur que je souhaiterais ouvertement privilégier, (j’ai fait assez de pub, je crois) je vous laisse choisir… le mieux étant chez les disquaires, bien sûr !

 

Dernier truc ! Joli coup de Strut, quand je disais qu’ils parlent aussi aux collectionneurs, sur la même galette, le flamboyant   « Crystalized » de Milton Hamilton, avec lequel j’ai régulièrement assommé tout mon entourage et le Faubourg Saint-Antoine les soirs de fête, retours du zéro, en sifflant à tue-tête... Désolèy.

 

Un truc chaleureux, doux, irrésistiblement sexy, un clavier virtuose, sur un LP original assez rare: le BONUS

 

http://youtu.be/adD33QTa0k8

 

Article “Strut Wins label of the year

Lien “Sun Ra Arkestra

Lien “Spirit of Malombo

Site officiel Strut Records:

 

Playlist Youtube Sélective (par ordre d’apparition dans le texte)

 

http://www.youtube.com/playlist?list=PLo6Wu24sDFRHOJatn5SNyCMi3BIkteowE

 

Interview super intéressante de Bob Blank par l’équipe de Brain Magazine (merci !)

 

 

Bonne écoute, bonne lecture, et à la prochaine !

 

Martin Roquette

 

Member Login
Welcome, (First Name)!

Forgot? Show
Log In
Enter Member Area
My Profile Not a member? Sign up. Log Out