Cody ChesnuTT et la solitude de l'artiste

Portraits - par Florent Servia - 19 octobre 2017

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Sous le couvre chef, l’immuable mine sérieuse de Cody ChesnuTT. Auteur de My Love Divine Degree, le chanteur de néo-soul adoubé dans l’hexagone, sort d’un silence de plusieurs années pas anormal à regarder de plus près son tempérament. Derrière son calme de façade, c’est un artiste en quête de sens qui se révèle, attelé à une profondeur de mise dans la création. Du temps qu’il passe en dehors de ses tournées il confie un besoin permanent d’écriture et de création. Entier, attaché à vivre l’instant présent, il apprécie ces « périodes calmes où [il] peut rester à la maison en famille », en Floride, avec ses deux enfants. « Je pars parfois pendant un mois entier. Et ce sont des moments cruciaux à l’école pour mes enfants. Mon fils a 13 ans et a besoin de la présence d’un père, des conseils au quotidien. » On est loin de l’image du musicien fêtard entouré de sa cour flagorneuse. A bien le regarder, Cody ChesnuTT semble avoir l’âme du solitaire, trop grave pour apprécier les conversations futiles. Soupesées, les paroles de ses chansons confirment sa tendance à l’hyper-exigence. « La musique c’est quelque chose de spécial. On ne peut pas la prendre à la légère. Il faut être bien sûr que les gens vont se sentir connectés au message, les trouver où ils vivent. C’est ce que j’aime personnellement avec la musique que j’écoute, qu’elle soit proche de moi. Une chanson peut t’aider à passer une journée ! ». On devine un instinct de contrôle derrière l’importance prééminente donnée au rendu final. Alors Cody a tout fait - ou presque - tout seul sur ce dernier album, plus apaisé dans la solitude qui lui assure une création plus fidèle à ses envies. A la composition, à l’écriture et à l'exécution (il a joué tous les instruments), Cody ChesnuTT voulait que ce disque soit plus personnel et que l’auditeur puisse « recevoir l’essence absolue » de sa musique. Il semble ravi du résultat. « Je sais comment tout sonne dans ma tête ! C’est moins de stress dans le processus d’enregistrement, quand il faut communiquer une idée à quelqu’un : le style, l’approche ou le feeling ». Mais la pathologie ne vire pas à l’obsession.

Tout heureux qu’il fût, par exemple, de retrouver à la batterie l’instrument de ses débuts, Cody ChesnuTT a su laisser ponctuellement à la place à d’autres interprètes pour le bien de la musique : « Quand je ne me suis pas senti techniquement à la hauteur, j’ai fait venir quelqu’un pour jouer des parties à ma place ». Comme Raphael Saadiq, dans les studios duquel il est allé finaliser l’enregistrement du disque, à qui il a proposé d’intervenir à la basse, dans « Bullets in the streets and blood ». Sur « She Ran Away », c’est à Jeffrey Gaines pour la basse et Steve Fryson Jr pour la batterie, qu’il a fait appel, deux musiciens présents sur son précédent disque. Quant aux tournées, elles sont faites avec un groupe anglais qu’il ne connaissait pas auparavant. Incarné mais pas dupe, il se dit ouvert à ce que les exécutants s’approprient sa musique : « ça ne doit pas être les notes exacts, mais un certain feeling dont je veux faire l’expérience. Mais il faut s’armer de patience pour laisser le temps aux musiciens de se familiariser au répertoire que j’ai en moi depuis plus longtemps... ».

A la force du destin

S’entourant quand il le faut, le chanteur sait aussi donner de l’oreille auprès de sa famille et notamment de ses enfants qui ont la primeur sur ses compositions. Ils sont pour lui un indicateur du succès que recevront les titres par la suite. « Parfois, je leur pose une question, comme par exemple : « que pensez-vous de cette mélodie ? » ou « que pensez-vous de ce que je dis dans le morceau ? ». Mais la plupart du temps je préfère que leur réaction soit naturelle et vois simplement comment ils réagissent à la musique. » A l’écoute de « It’s in the love », sa fille de 7 ans aurait enfilé ses lunettes de soleil et dansé dans la voiture. Cody ChesnuTT fait avec ses enfants ce qui lui a manqué pendant son adolescence, quand il s’est choisi un destin de musicien. Devant l’absence de soutien d’un père prof de maths et inquiet de l’instabilité économique de la vie d’artiste, Cody a avancé par la seule force de la conviction, persuadé d’avoir « quelque chose de spécial » et pas gêné de le dire lors d’un dîner de famille où les enfants Chesnutt étaient invités à dévoiler leurs envies futures. « Il ne me comprenait pas. Mais je ne l’ai pas laissé éteindre ma flamme. J’avais quelque chose, il fallait que je le trouve ! Je me disais qu’il le réaliserait un jour. Et ca a valu le coup ». Cody avait 16 ans. Près de 30 ans plus tard, après la parution Landing on a Hundred, le même père est venu en backstage le féliciter de sa réussite et s’excuser de son manque de soutien, après un concert à Atlanta, alors que sa famille ne l’avait plus vu en concert depuis son adolescence… « Ce fut une bénédiction pour moi de l’entendre dire ça. C’était mieux que de recevoir un prix de l’industrie. ». Artiste protéiforme, converti à la photo par la découverte d’Instagram il y a quelques années et nouvellement designer de vestes, Cody ChesnuTT ouvre grand la créativité de ses enfants : « Peu importe leur intérêt, je le cultive. Je veux les aider à trouver ce qui les fait vibrer ». Pour qu'ils puissent un jour briller comme lui à la force de leur don.

Prochaine date :

le 20 octobre au Café de la Danse, à Paris.


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