Ester Rada clôturait l'édition 2015 du festival Jazz sous les Pommiers sur la scène du théâtre. Un choix judicieux et adapté à la musique festive de la chanteuse. J'en ai profité pour poser quelques questions à la très souriante israélienne d'origine éthiopienne qui se fait peu à peu connaître depuis l'an passé et la sortie de son premier EP, Life Happens.

Florent Servia : Ester, nous sommes à Jazz sous les Pommiers alors j’en profte pour te poser une question à-propos : Y a-t-il un jazzmen qui te rend folle ?

Ester Rada : En fait le jazz est un grand mot. Ils mettent énormément d’artistes sous ce genre. Je ne sais pas ce qu’est le jazz ! Ils disent que c’est une chanteuse de jazz, alors je dirais que Nina Simone est un grande inspiration pour moi. Ella Fitzgerald bien sûr, qui est un exemple pour tous ! Moi je ne dirais pas que ma musique est du jazz !

Ta musique, comme tes origines, est métissée ! Qu’y a-t-il de proprement éthiopien dans ta musique ?

Quand j’étais enfant mes parents n’écoutaient que de la musique éthiopienne. Mes parents se sont installés en Israël un an avant ma naissance donc ils étaient imprégnés par leur culture. Quand j’ai grandi j’étais confuse. Je ne savais pas ce que j’étais : éthiopienne ou israélienne ? Je voulais être Israélienne alors j’ai demandé à ma mère de ne plus me parler en cette langue. De nombreuses années se sont écoulées, j’ai appris à me connaître et à découvrir la musique éthiopienne dont je suis tombée amoureuse. Je me devais d’en tirer quelque chose. J’adore les mélodies, le son de la section des soufflants et les rythmes en 6/8. En fait, j’ai assisté à un concert de Mulatu Astatké il y a 5 ans. C’était la première fois que j’entendais de l’éthio-jazz. Ça a été le meilleur concert que je n’ai jamais vu. Ce fut une inspiration pour ma musique.

C’est vrai qu’en entendant le saxophone ténor dans ta musique, on pense tout de suite à Mulatu et à l’éthio-jazz. Quel âge avais-tu quand tu as décidé de ne plus parler la langue natale de tes parents ?

J’avais 6 ou 7 ans et étais très déroutée comme beaucoup d’immigrés qui arrivent dans un nouvel endroit, peuvent ressentir de la honte et veulent être comme tout le monde. Enfin c’est ce que je crois. C’est ce que ma mère m’a raconté ! (rires).

Comment ça a été de grandir en Israël ?

Jusqu’à l’âge de 10 ans j’ai vécu dans un camp. Quand tu es enfant tu crois que tout est bien. Ce n’est qu’après avoir déménagé et grandi que j’ai réalisé que cet endroit était dur pour un enfants. Tu es encerclé par des clôtures, il y a des soldats et des tanks. Il y a l’ennemi ! (rires). Tu as peur de sortir. À mes 10 ans, on a déménagé à Netanya, une grande ville laïque sur la côte. Avant cela j’étais très religieuse. C’est là-bas que j’ai découvert la liberté. Pas de clôtures ! (rires). Nous vivions dans un quartier difficile où des crimes étaient commis. J’ai eu une enfance partagée mais ça m’a permis d’en apprendre beaucoup sur moi-même.

Et ta musique est plutôt joyeuse !

Quand tu vis ainsi tu dois chercher le bonheur en toi même afin de continuer à vivre !

On peut lire à peu près partout que tu as grandi dans une famille très religieuse. Est-ce que ça a une incidence directe sur ta musique ?

La religion m’a apporté la spiritualité et la connexion à la musique spirituelle. Pas seulement, pour s’amuser mais pour se connecter à de plus grandes choses et de les comprendre.

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Un de tes morceaux s’appelle “Life Happens”.Cela veut-il dire que d’après toi les choses arrivent parce qu’elles le devaient ? Es-tu déterministe ou crois-tu à la contingence ?

Je crois que la vie suit son cours et que tu peux choisir ta façon de les regarder et de réagir aux choses. Avec différents verres, on voit la même chose mais avec un regard différent. C’est toi qui choisis comment tu vois les choses et ce que tu en fais, mais elles arrivent. Je ne crois pas que l’on contrôle quoi que ce soit.

Même en ce qui nous concerne ?

Je contrôle la façon dont j’ai décidé de voir les choses.

Mais penses-tu que tu peux changer les choses pour toi ? Était-il écrit que tu deviennes une chanteuse par exemple ? Ou est-ce toi qui l’a rendu possible ?

Je crois que j’ai été une chanteuse toute ma vie. À 5 ans déjà. Je ne l’ai pas choisi, c’est moi qui ai été choisie. J’ai toujours été une chanteuse. Avant quand on me demandait ce que je voulais faire de ma vie, j’avais l’habitude de répondre que je voulais être psychologue. J’étais déjà chanteuse, je n’avais pas besoin de le devenir ! (rires).

Quelle est la plus grande richesse de ta musique ?

Le mélange des genres : la soul, la musique israélienne et éthiopienne… le reggae, le r’n’b, le funk, le blues ! Mais tout est métissé aujourd’hui dans la musique, donc… (rires). C’est juste moi racontant mon histoire. C’est moi !

Quel serait le featuring de tes rêves ?

Il y en a beaucoup mais je dirais Stromae ! La première fois que je l’ai vu je me suis dit “Wahou” ! C’est un homme intéressant. J’ai l’impression d’être sa soeur et que l’on doit se rencontrer. Je fais de la musique soul et il fait de l’electro. J’aime ce mélange. Il a aussi beaucoup de courage et est quelqu’un de très spécial. Il m’intéresse. On peut sentir son honnêteté dans sa musique. Cela m’a tout de suite attirée !

Quelle est la chose la plus folle que tu aies faite ?

J’ai fait une tournée alors que j’étais enceinte de 8 mois. Peut-être que ça c’est fou !  En tout cas les gens disent que ça l’est.

Et maintenant tu tournes avec ton bébé. Ce qui est aussi fou !

(rires). Oui ! J’ai été en tournée pendant un an alors que j’étais enceinte. Je ne pouvais pas boire ni faire la fête… Alors je ne sais pas si je fais des folies en tournée ! Mais avant ça… (rires).

Florent Servia