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A l’occasion de la sortie de l’album « Throwback To The Future » par le quatuor et collectif Brookzill, j’ai eu l’immense plaisir de discuter avec Prince Paul, DJ, producteur et compositeur hip-hop [il a notamment produit 3 albums de De La Soul ], alors qu’il signe son grand retour sous l’étendard brésilien.  

Pour commencer, j’aimerais que tu m’expliques le concept de cet album ?

Au sein du collectif, je crois que je peux dire que nous avons tous été témoins des balbutiements de la scène hip-hop et de son évolution dans le temps. Dans « Throwback To The Future » nous avons voulu mêler l’essence de la musique traditionnelle brésilienne à celle du hip-hop tel qu’il était à son point de départ. Ces deux styles musicaux ont des similitudes d’un point de vue de la rythmique, de la mélodie, des instruments, et d’évidence ce sont deux familles de musique qui se ressemblent. L’idée ici - et surtout dans les mixtapes -  c’était de donner une seconde vie, un nouveau souffle, à certains titres du patrimoine musical brésilien, en ayant recours à des technologies modernes, d’où ce rapport et cette forme de tension forte entre passé/présent.  

Est-ce que tu peux me dire comment cette idée d’album est venue ? J’ai cru lire que tout avait commencé par un voyage au Brésil, et surtout ta rencontre avec Rodrigo Brandão. Peux-tu m’en dire plus ? 

Tout à commencer en 2006, qui était une période assez étrange pour moi, parce que je n’étais pas forcément inspiré à ce moment-là. Un de mes ingénieurs Scotty Hard devait se rendre au Brésil pour un concert, et il m’a proposé de le suivre avec un ami. Et je dois dire que j’étais hyper impatient d’y aller pour la première fois, et le fait est que je n’ai pas été déçu. L’ambiance, les gens (…) ça n’a absolument rien à voir avec les Etats-Unis, et ce qui est fascinant c’est que le public ne vient pas pour « voir » des concerts au sens propre du terme pour filmer ou photographier pendant la moitié de la performance. Ils viennent pour faire la fête, danser, et écouter, un peu comme avant en fait (…) Et j’ai adoré cette énergie positive qui s’est dégagée de ce voyage. Mais c’est surtout là que j’ai fait la connaissance de Rodrigo Brandão 

Sur cet album avec Ladybug Mecca, Don Newkirk, Rodrigo Brandão (aka Gorilla Urbano) vous semblez tous très proches, parfois parce que vous avez déjà collaboré ensemble. Comment était l’ambiance au sein du groupe ? 

C’était une super expérience. J’avais déjà travaillé avec certains, à commencer par Ladybug Mecca avec qui j’avais collaboré sur l’EP « The Baby Loves Hip-Hop » et dont l’ancrage est triple, elle est fille de jazzmen, sa langue natale est le portugais - ce que j’ignorais - et en plus elle a déjà travaillé sur des prods hip-hop notamment avec Digable Planets. Même chose, pour Newkirk, puisque nous avions bossé ensemble sur l’EP « Feet High & Rising ».   

Je ne crois pas me tromper en disant que nous sommes au-delà du travail d’équipe. Je pense sincèrement que chacun de nous se soucie de l’autre. Il y a un respect mutuel, des usages, on sent qu’on bosse entre gens responsables, bon peut-être aussi parce que nous sommes plus âgés (rires). Mais c’est vrai qu’il y a une tendance presque naturelle chez les artistes un peu plus jeunes, à tout prendre pour acquis et parfois à ne pas s’impliquer à fond.

En quoi la connexion était évidente entre la musique brésilienne et la musique africaine-américaine, et plus précisément le hip-hop ? 

Tout est dans la mélodie, le tempo, les percussions qu’on utilise, et la DnB. Puis le portugais est une langue chantante, elle donne envie de danser et je pense que la danse est aussi le propre de ces deux cultures. 

Selon toi, quelle est la chanson la plus aboutie de « Throwback To The Future ». Si tu ne devais en choisir qu’une ? 

Woww, c’est beaucoup trop difficile. Tu te rends compte c’est comme si tu me demandais de choisir parmi mes enfants celui que je préfèrais (rires). C’est difficile, mais je vais répondre (rires). Honnêtement, elles sont toutes différentes, je dirai qu’elles correspondent toute à une « humeur du jour ». Si je devais en choisir une qui est la plus complète, je pense que ça serait « S. Bento MC5 », il y a tout dedans !

D’une manière générale, il y a de plus en plus d’artistes qui se tournent vers la musique brésilienne, je pense par exemple à Sango et AbJo du label Soulection. Comment expliques-tu cet intérêt soudain pour la musique brésilienne, et du coup ton intérêt personnel ?   

Oui, c’est assez dingue, car lorsqu’on a terminé l’album tout le monde disait autour de moi « Tu as vu ce mec, il a sorti ça, il prend des samples brésiliens, c’est dingue, écoute ce qu’il fait ! » au sujet de jeunes artistes. Mais en toute honnêteté, je crois que je n’avais pas encore bien pris conscience de l’ampleur du phénomène qui est relativement nouveau en fin de compte. Finalement ça se comprend très facilement, car je connaissais mal la musique brésilienne avant de me mettre sur cet album, et je n’ai pas arrêté d’en écouter pendant des heures entières et j’ai été très curieux, très demandeur. Rodrigo m’a initié et m’a fait découvrir des prods incroyables. C’est rafraîchissant, ça te transporte, et une chanson en appelle toujours une autre etc… Donc oui je comprends parfaitement cet intérêt. Puis quand on scrute la scène hip-hop on se rend très vite compte que tout a été recyclé, réutilisé, et les titres de la Motown le sont en première ligne, mais là c’est différent, on est loin d’avoir fait le tour.       

En tant que producteur, et d’un point de vue critique que penses-tu de la scène hip-hop actuelle ? 

Il y a plein d’éléments positifs dans la scène hip-hop d’aujourd’hui, et internet a contribué à l’essor de beaucoup d’artistes - voire a été un tremplin à part entière -  pour des jeunes talents que nous n’aurions pas nécessairement connu sans internet. Oui c’est une révolution en termes d’accessibilité, la possibilité pour n’importe quel artiste de pouvoir être entendu, d’avoir une fenêtre sur le monde et via n’importe quelle plateforme de s’auto-marketé pour devenir son propre boss, c’est absolument positif ! Mais paradoxalement, c’est aussi ce qui fait que la scène hip-hop draine beaucoup de déchets que je me refuse d’écouter (rires). Aujourd’hui, certains artistes sont davantage dans la quête du personal branding que dans la musique à proprement parler, et ils déclinent des marques de streetwear tous azimuts pour finalement mettre de côté la musique.  

Est-ce qu’il y a un groupe ou un rappeur que tu admires en particulier en ce moment ? 

Oui, je suis plutôt impressionné par le collectif Odd Future, mais surtout par Tyler the Creator et Earl Sweatshirt. Ces mecs sont impressionnants, et même s’ils font partie de cette génération internet, ils ont un talent fou et ils ne négligent rien ! Earl Sweatshirt par exemple c’est un peu la success story d’Internet, je suis complètement admiratif par rapport à sa façon gérer son business, sa marque, car il fait tout lui-même. 

Et sinon, quels sont tes plans pour les mois, années à venir ? 

Pour le moment, je suis focalisé sur Brookzill et les tournées qui vont suivre. On va sillonner l’Amérique du Sud, l’Europe… Puis j’ai mon projet« SuperBlack » aux côtés de J-Zone et Sacha Jenkins, et il y a un album en préparation justement prévu pour l’année prochaine. Cet album est un peu le jumeau maléfique de « Brookzill » (rires), il est même complétement à l’opposé. Après j’aime bien prendre mon temps, et réfléchir à ce que je veux vraiment faire, sans pour autant attendre trop longtemps à me bouger, sinon je vais revenir un jour et on dira « Who’s that oldie black guy??? » (rires).  


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