Gabriel Leite vit deux vies : celle de graphiste réalisant de magnifiques pochettes de disques, d’affiches de festivals, de programmes culturels et celle de musicien. Il se produit avec divers groupes et formations dont Camerata Brasilis et Orquestra Pixinguinha. Il semble se dédier prioritairement à la scène du choro. Personnage adorable et personnalité fiable, il nous a semblé qu’il serait bien de le découvrir mieux.

Je sais que tu n’es pas carioca…mais je ne sais pas où tu es né et ne connais pas non plus ton âge...

Je suis né à Sao Paulo et j’ai 35 ans. J’ai déménagé à Rio en 2008 pour être proche du choro, me nourrir de cette musique et de la culture qui l’accompagne. J’ai découvert cette musique et les personnes qui la prenaient au sérieux lors d’un festival de choro qui rendait un hommage au «  Maestro » (compositeur et chef d’orchestre, ndlr) Anacleto de Medeiros. Sa musique m’a enthousiasmé et j’ai eu la certitude de ce que je voulais faire.

Pour quelles raisons as-tu décidé de te dédier au choro et au samba ?

J’ai toujours été sensible au langage de ma terre, que ce soit dans les arts, la cuisine, les coutumes, etc. Le contact avec le choro a enrichi cette curiosité par une relation plus étroite avec la musique.

Finalement, de quels instruments joues-tu ?

Je joue de la batterie ainsi que les instruments de percussions et j’ai aussi étudié le marimba. Mais le pandeiro est celui qui me donne le plus de plaisir. J’aime aussi énormément jouer du prato e faca (couteau et assiette, ndlr). Cela vient d’une passion pour le rythme et le batuque (expression percussive de la communauté noire née au temps de l’esclavage, ndlr).

 

Quels sont tes maîtres : Joao da Baiana (un proche de Pixinguinha), Luciano Perrone (le batteur attitré du sextet de Radames Gnattali), Bolao ( un batteur d’aujourd’hui ayant une petite cinquantaine et dont le jeu s’apparente à celui de Luciano Perrone), … ? Préfères-tu la batterie jazz ou rock ?

J’ai tant de maîtres ! Dans le champ des percussions, il y a Joao da Baiana, Perrone, Oscar Bolao, Jorginho do Pandeiro, Sut Chagas…j’ai approfondi le langage musical brésilien à travers ces musiciens et je valorise beaucoup ces références. Quant au jazz, j’ai pu mieux le comprendre après que j’ai approfondi l’étude de la musique brésilienne. C’est alors que j’ai pu comprendre le langage de l’étranger. J’admire beaucoup «  Papa Jo Jones ».

Tu as évoqué ton goût pour le prato e face ou le pandeiro : qu'est-ce que ces instruments apportent à ta musique, et quelles sont leur difficulté technique propre? Comment étudier et se familiariser avec ces instruments de percussions ?

Comme moi, il faut prendre vraiment du plaisir avec les particularités des expressions et inflexions de la musique brésilienne. Le prato e faca apporte une sonorité bien particulière, la dimension ancestrale des batuques. La musique brésilienne est vaste et chaque genre impose de boire à la source, de baigner dans le vécu culturel et de partager les comportements ; c’est ainsi qu’on absorbe les fondements du langage des rythmes et les efforts à fournir pour réussir à les assimiler. C’est essentiel de retenir ces éléments de base des rythmes pour ne pas dénaturer nos genres musicaux.

 

Tu es très ami avec Marcus Thadeu et Magno Julio. Pourrais-tu m’en dire plus sur cette amitié ?

En plus de la découverte de ce qu’est vraiment notre musique brésilienne en venant à Rio étudier à l’Escola Portatil de Musica, j’ai eu la chance de nouer une amitié avec deux grands percussionnistes pour qui je garde tendresse et admiration. Ce fut une chance de connaître Marcus Thadeu «  Tadeuzinho » et de Magno Julio. Nous avons fini par partager ensemble un appartement peu de temps après mon arrivée à Rio et nous avons beaucoup appris en vivant ensemble. Je les considère comme les meilleurs percussionnistes du moment.

Propos recueillis et traduits par Philippe Lesage

D'autres entretiens réalisés par Philippe Lesage à propos du choro et plus largement des traditions musicales brésiliennes : avec Pedro Aragao et Nana Vaz.

Vous pouvez également vous replongez dans nos chroniques récentes d'albums de choro : la collection 8Com de Mauricio Carrilho ou le dernier titre de Luis Barcelos.


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