Orchestra Baobab, éternels fêtards

Entretiens - par Florent Servia - 30 avril 2017

Près de 45 ans d'existence et les piliers de l'Orchestra Baobab tiennent encore. En mars, ils ont sorti Tribute to Ndiouga Dieng, un nouvel album - ils en ont sorti plus de 20 - qu'ils adressent à leur chanteur historique, décédé l'an dernier. Profondément peinés par cette disparition, les sénégalais ne sont pourtant pas en reste et ont procédé à quelques remaniements. Ils joueront le 16 mai, au Cabaret Sauvage (Paris).

Le dernier album était il y a 10 ans déjà. Pourquoi tout ce temps ?

Parce que c’est le producteur qui a pris tout son temps (rires). Il a choisi le bon moment pour l’envoyer sur la piste. Nous on était prêts depuis deux ans.

Nick Gold est votre bonne étoile.

C’est lui qui nous a sorti de l’ombre. Il nous a toujours aimé.

Vous avez opéré des changements pour ce 1er album. C’est la première fois qu’il y a un joueur de kora, par exemple.

Dans la vie, il faut changer. Il fallait mettre de la kora ! L’Afrique est tellement riche. On peut mettre beaucoup de choses.

J’imagine que vous avez dû adapter à votre musique pour qu’elle fasse corps.

Les morceaux qu’on a produit vont bien avec la kora. On a répété et ça a fonctionné, le musicien s’est senti bien avec nous ! Son père était un grand koriste, et lui aussi. Il joue avec tous les grands Orchestres du Sénégal. Il connaissait très bien notre musique et il se sent à l’aise dans nos compositions, parce qu’il est mandingue ! C’était facile pour lui ! Il a mis son grain de sel.

Ce sont des nouvelles composition. À part « Sey » ?

Tout est neuf. Pour « Sey », nous avons rappelé Tiossek, c’est son morceau fétiche. C’est une invitation que nous lui avons fait. C’est le premier succès de Baobab ! C’est son morceau fétiche. Tiossek c’est Tiossek, il nous a même invité chez lui le lendemain de l’enregistrement. C’était très sympa ! Nick Gold lui a demandé combien il voulait être payé ? Il ne voulait rien, il a dit “ c’est bon, c’est le Baobab “.

Comment vous organisez vous pour la création du répertoire ?

Le processus de composition est collectif. Des années 1970 à aujourd’hui, c’était Barthelemy Atisso. On entendait, Atisso, Atisso… Tous les arrangements étaient de lui. Tout le son ! Mais ce n’est plus ça ! Chacun s’y met. C’est la démocratie ! (ils rigolent).

Ça a été la dictature pendant 30 ans et maintenant c’est la démocratie ?

Plus ou moins… On était collègues. On était bien ensemble ! On s’amusait bien, mais il était exigeant par rapport à ses idées. Nous avions nos idées, mais il était exigeant. On devait faire ce qu’il voulait lui. C’était le grand manitou.

 

Mais, quand même, vous appréciez aujourd’hui participer à la composition, aux arrangements ?

Ça donne du courage aux musiciens. !

Les droits d’auteur ont changé au Sénégal. Désormais, toute personne ayant participé à un enregistrement devient ayant-droit. Ils ont démocratisé la musique au personne. Il n’y a plus qu’une seule personne qui organise tout et qui bénéficie seul des droits. Compositeurs, arrangeurs… Peu importe ! Ce sont les droits voisins. Tous les musiciens ayant participé ont des droits ! Ils nous ont facilité les choses.

L’orchestre Baobab ce n’est pas des musiciens seulement, c’est un esprit. Et tant qu’une seule personne du groupe d’origine sera vivante, cet esprit existera. Evidemment, des musiciens seront amenés à changer. Comme dans un gouvernement, avec un président, des ministres.


Quand vous sortez un nouvel album, arrivez-vous à renouveler le public au Sénégal ?

Quand on se produit dans les différentes boites de Dakar, nos amis, des anciens, ceux qui nous aimaient avant nous fréquentent toujours.

Et l’angleterre est notre pays d’adoption. Depuis le début. Là-bas, justement, il y a des jeunes qui viennent à nos concerts. Il y a même deux jeunes anglaises qui sont venues nous dire adorer notre musique, grâce à leur père.

À Dakar, pareil. Un jeune a un jour demandé au technicien d’une salle où l’on jouait quel orchestre jouait le soir même. Quand le techicien lui a dit que c’était nous, le jeune est sorti. Il n’était pas intéressé. La fois d’après, le technicien a invité le jeune à notre concert. Et depuis ce jour-là, le jeune demande au monde entier où nous jouons ! Il nous a même demandé ce qu’il faut faire pour jouer comme le baobab ! Depuis, quand on joue au Sénégal, il vient nous voir. Quand on joue au Sénégal, il vient nous noir !

Répétez-vous encore ?

Bien sûr ! Nous avons un local pour cela à Dakar.
Nous répétons beaucoup nos nouveaux morceaux. Nous en avons pleins que nous jouons dans les boites.

Vous jouez souvent à Dakar ?

Nous ne jouons plus du lundi au dimanche comme avant. Mais nous jouons toujours fréquemment à Dakar, dans des boites de nuit VIP. Des restaurants. Le vendredi, le samedi ou le dimanche. Parfois, une seule fois par semaine !

Par ailleurs, dans les clubs, la musique ne démarre plus avant 1h du matin. Comme nous sommes de grandes personnes maintenant, ce n’est plus possible. Et pour la plus grande partie de notre public, c’est la même chose. On ne joue plus tard la nuit. Ce sont des club restaurants, nous commençons à 19h et finissions à 23h au plus tard. Les gens viennent danser, s’amuser et vont travailler le lendemain.


Autres articles

Comment

Member Login
Welcome, (First Name)!

Forgot? Show
Log In
Enter Member Area
My Profile Not a member? Sign up. Log Out