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LautrecHapax

Le nouvel album de Lautrec, Hapax, arrive le 10 mars 2017. Que nous réserve ce nouveau projet curieusement prénommé Hapax, terme qui « désigne un mot qui n'a qu'une seule occurrence dans la littérature » ?

Lautrec parait glisser sur les 13 titres de son album, tant son flow délivre un certain stoïcisme glacé, une maitrise rythmée de son art. Il débite ses textes avec une froideur qui contraste avec l’instrumentale qui vient insuffler la chaleur aux contours de ses maux. Lautrec théorise dans ses textes une phénoménologie du quotidien, et touche, sans vouloir porter un message politique, à l’expérience très intime de la projection de ses propres affects et leur représentation sur la vie des autres. Il représente comme, d’autres avant lui, ces rappeurs existentiels pratiquant un rap autocentré ne pouvant se passer de l’autre. Une manière de se distinguer de ses confrères qui, eux, préfèrent dénoncer, s’insurger en porte-parole d’une cause qu’ils sont bien souvent les plus légitimes à défendre. 

L’album est ainsi jalonné de belles envolées lyriques, bien écrites et interprétées. Le seul bémol, très subjectif à ma propre personne, reste la propension, dans ce style de rap, à l’homophonie de certaines phases du flow de Lautrec. Le vocabulaire, ou les sonorités vocales, sont parfois inutilement alambiquées (surtout dans le début de « Le brouillon des choses »). Style ubuesque que seule la science d’écriture de Thiéfaine savait dompter (ainsi que cet interview très étrange que Lautrec a subi).   

Avec Lautrec et son projet Hapax, on a le sentiment de toucher ici à un paradoxe qui interroge de plus en plus souvent mon expérience d’auditeur. Si ce genre de rappeurs semble se démarquer de plus en plus des rappeurs à la conscience politique, on peut facilement en tirer la conclusion que notre conception de la vie, dans une société ultra narcississée, individualisée, fragilise l’individu et lui impose la gestation de ses crises existentielles par le renforcement d’un style introspectif. Ce à quoi le rap s’est toujours prêté, mais à présent sur un mode plus individualisé. Pour autant, j’ai toujours eu le sentiment de me retrouver face à une œuvre plus sensible ; deviner le doute, comprendre la souffrance et l’existentialisme de l’écriture d’un homme participe à la création d’un lien empathique, voir sympathique avec son auditeur. Un style de rap qu’on croyait alors profondément intime, peut transcender son autarcie par l’écho sympathique qu’il éveille chez ses auditeurs.  « L’hapax existentiel » décrit par Vladimir Jankélévitch, nous donne à voir peut-être ce que l’on doit retenir de l’expérience sensible de l’album de Lautrec : « toute vraie occasion est un hapax, c'est-à-dire qu'elle ne comporte ni précédent, ni réédition, ni avant-goût ni arrière-goût ; elle ne s'annonce pas par des signes précurseurs et ne connaît pas de "seconde fois" »

Line up : Lautrec  - prods de Yann Kornowicz (prod. & claviers) et Dan Amozig (guitare & basse)

Par Pierre Durand  - 4 février 2017


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