A tribe called questWe got it from here… Thank you 4 your service

 We got it from here… Thank You 4 Your Service, 6ème et dernier album du groupe éponyme A tribe Called Quest, est sorti le 11 novembre 2016. Qu’en est-il donc de cet ultime hommage au Hip Hop du groupe ? 

L’album contient un double CD de 8 pistes chacun, et s’est développé dans une esthétique particulière, notamment via l’hommage consacrés au décès en mars dernier d’un des membres du groupe, Phife Dawg. Le groupe s’épaule pour l’occasion de guests prestigieux, tels que Consequence, Busta Rhymes (Les 2 featuring les plus présents sur les albums d’ATCQ) Kanye West, Jack White, Kendrick Lamar, Talib Kweli, Anderson .Paak, et exigeants (Q-tip a vivement souhaité que toutes les collaborations s’enregistre chez lui en studio, et non pas à distance)…  Que nous propose finalement ATCQ ?

« The space program » a ici la lourde de tache d’introduire l’album en tant que premier titre, ce qu’il réussit plutôt bien, en propageant le message d’unité indissociable à l’état d’esprit du groupe, sans oublier de conserver un ton revendicatif et politique, en consacrant ce premier son aux minorités afro-américaines laissées de côté par les élites, délaissée par des politiques trop occupés à détourner les programmes d’aides aux plus démunis, aux profits de space program, induisant donc que la conquête d’un monde futur ce fera sans ses minorités que l’on aura délaissé. « We the people » accentue avec force ce message, quand on sait que ces 3 mots commencent la constitution américaine, et sont mis en contraste par ce que scandent les mcs :

« All you Black folks, you must go
All you Mexicans, you must go
And all you poor folks, you must go
Muslims and gays, boy, we hate your ways
So all you bad folks, you must go »

 Elton John contribue ensuite à ralentir le rythme effréné des 3 premières pistes sur « Solid wall of sound », bien enchainé par « Dis generation » véritable ode du groupe pour une transmission des valeurs du hip-hop tel qu’ils le pratiquaient depuis les années 90 à ceux qui maintiennent son essence intacte, le groupe citant notamment Joey Bada$$, J Cole, Kendrick Lamar, Earl Sweatshirt. L’instrumental de « Kids… » vient ici exprimer avec justesse les phases successives de A tribe called Quest : elle vient dire de manière synchrone la sagesse acquise par le groupe, conscient qu’il peut transmettre un message aux plus jeunes. Mais ce titre n’est peut-être qu’une vision du groupe sur la jeunesse telle qu’il la perçoit, sans l’orienter d’une manière ou la juger d’une quelconque façon, se plaçant juste en témoin de leur subjectivité. Subjectivité dont fait allusion le groupe avec « melatonine », (non pas ce qui colore ou non le cuir chevelu, mais une drogue somnifère), dans une description hallucinée de l’action des drogues sur l’environnement mental de son usager, sur fond d’un sampler relativement hypnotisant.  « Enough !! » circonscrit la fin du premier CD sur le sample de « bonita applebum », ou les 2 mcees Jarobi et Q-Tip expriment la dualité de leur passion amoureuse et leur passion pour la musique. 

La seconde partie voit se multiplier les hommages à Phife Dawg, et aborde peut-être là une phase plus mélancolique et introspective pour le groupe. Q-Tip lui rend en effet hommage comme son partenaire de rimes de toujours sur « Black Spasmodic », et « Lost somebody ». Busta Rhymes rendra quant à lui hommage à ses origines caribéennes sur le dernier titre « Donald ». Sur « Moving Backwards » ATCQ rappe sur ce qui fait le succès ou l’échec au cours d’un parcours humain, explorant l’errance, le doute… Le titre « Conrad Tokyo » délivre à nouveau une vision de la politique actuelle et notamment de l’acceptation de figure politique très controversée comme celle de Donald Trump. Il est fait référence à sa parodie au SNL (Saturday Night Live, célèbre show américain), qui le caricature facilement. Mais le groupe s’interroge : un personnage aussi caricatural de nature peut-il être paradoxalement encore caricaturé ? Puis vient « Ego », son très intéressant ou Q-Tip déploie sa pensée sur la notion d’ego d’une façon très positive, comme une source de confiance en soi. Cet avant dernier titre de l’album convoque une notion générale mais qui s’entend dans le hip-hop d’une manière singulière, tant l’ego tripping peut en être une pratique centrale. Bien maitrisé, travaillé avec les sons et les phases d’écritures qui s’harmonisent dans le flow du rappeur, la notion d’ego peut participer à l’extension d’un rappeur vers les cimes de son talent, ou bien le faire tourner en rond dans une répétition mortifère. 

A tribe Called Quest nous quitte ainsi sur ces notes positives malgré le deuil qu’ils ont à porter d’un de leur membre, laissant derrière eux un florilège d’hymnes mythiques et de sons plus hermétiques, et un cortège d’auditeurs plus ou moins jeunes. Ils auront indéniablement apporté quelque chose au mouvement hip hop. A l’inverse du mouvement perpétuel, mythe scientifique prônant un mouvement sans action de force sur celui-ci, ATCQ a certainement compris que pour que le mouvement hip hop reste créatif, dynamique, pour qu’il se perpétue d’hier à demain, il faut lui injecter une force neuve, innovante, mais il a aussi besoin d’un héritage tangible, d’un sang frais qui s’appuie sur des paroles sages, d’une transmission qui en somme reste fluide mais aussi chaotique. Une quête complexe en somme, rendue possible grâce à leur contribution. 

Guests : Consequence, Busta Rhymes, Elton John, Andre 3000, Kanye West, Talib Kweli, Jack White, Anderson .Paak, Kendrick Lamar


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