Après Venice en 2014 et une année 2015 prolixe en collaboration, le poulain de Dr.Dre ( 1 )change de plage avec Malibu. C’est tout frais, jamais froid.

Les productions sont crémeuses, sucrées, et les arguments d’autorité ne manquent pas : Madlib (2), 9th Wonder et Kaytranada pour ne citer qu'eux. De la soul des années 1960 avec « Put’me through » au groove de club de « Am I Wrong » en passant par le hip-hop 90's de "Without You", Paak la joue fine. Malibu, c'est l'extension du domaine de la soul et la redéfinition de celui du R'n'B. Son tour de force : croiser les influences, sans collage ni boucle mais de façon cohérente et organique. A l’écoute, les instrumentations semblent construites par tâtonnement, bridge et déviation, nombreux tout au long de l'album. Malibu est une de ces stations de radio qu’on trouve sur Gran Theft Auto : un son local et donc polymorphe.

Aussi, c'est la démonstration que les hybridations ne rendent pas l’écoute plus difficile, chose rare dans un marché du R’n’B hyperconcurrentiel, saturée et pourtant pauvre. Sur ce point, Paak se distingue de son mentor Shafiq Husayn et se rapproche de ses jeunes paires, Frank Ocean, Miguel ou encore Bj The Chicago Kid qu'il reçoit sur "The Waters". Pour les plus vieux, on se référera à Raphael Saadiq. Pour les plus gangsta, on appréciera la venue des rappeurs Schoolboy Q et The Game.

Paak raconte sa progression tout en l'exécutant dans le son. Il y est plus introverti, moins démonstratif. Ses productions exemplifient ses textes, lui qui a grandi sans père ni chauffage, travaillant dans une plantation de marijuana à Santa Barbara.

Malibu ne s’observe pas à la jumelle mais au kaléidoscope de ses galères passées. Paak y célèbre sa progression en les revisitant : "Ya moms in prison, ya father need a new kidney/ Ya family’s splittin’, rivalries between siblings/ If cash ain’t king, it’s damn sure the incentive." (« The Season / Carry Me »). Ce sont les récits urbains d’une jeunesse californienne précaire où se mêlent mirages et dilemmes moraux.

Les Américains aiment à dire "success is the best revenge". Anderson est plutôt du genre à pasticher Montesquieu (3) : sa musique adoucit les mœurs. Sa revanche n'est pas jubilatoire mais humble. Avec Malibu, il peut désormais se permettre de narguer la concurrence.

Thomas Perroteau
Anderson .Paak, Malibu, (digital, CD) EMPIRE / OBE / Steel Wool / Art Club, 15 janvier 2016.

1 Anderson Paak pose sur six titres du dernier album de Dre : Compton (2015)

2 Il apparait aussi sur The Stripe du projet collaboratif Bad Neighbor (2015 des producteurs Madlib, Med et Blu

3 Montesquieu, De l’esprit des Lois, IV, XX, 1 et 2 (1748) : « […] et c’est presque une règle générale que, partout où il y a des mœurs douces, il y a du commerce ; et que partout où il y a du commerce, il y a des mœurs douces. »

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