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Daymé Arocena, The Havana Cultura Sessions, Brownswood Recordings, 2015

Cuba veut absolument prouver qu'elle produit du musicien comme la Bresse du poulet ou Cavaillon du melon. D'ailleurs c'est bientôt la saison... Voilà l'été ! Ce coup-ci, c'est Daymé Arocena qui se colle à la tâche d'incarner le vivier cubain tout en démontrant ses inépuisables et infinies ressources. Et donc, comme souvent, les soupçons pèsent lourds : quelle est la mesure du marketing ? Celle de la sincérité ?

La jeune chanteuse fait dans cet EP une réponse tranchée et en musique. Daymé Arocena a une vraie voix, sait trouver les bons arrangeurs et cerise sur le gâteau bénéficie du parrainage de Gilles Peterson. Surtout cette voix, qui fleure bon son Nina Simone comme bien souvent chez les chanteuses de Black Music ; mais combien se dépêtrent de cette influence ? Daymé Arocena, pour commencer.

Les quatre titres de l'EP préfigurent l'album (Nueva Era) à sortir dans le mois, et rend ardu un jugement définitif d'autant plus que leurs influences éclatées – reggaeton, rumba, jazz, soul, hip-hop – peut faire craindre un projet manquant de fil directeur, c'est-à-dire d'identité. Pour l'instant et en attendant la suite, il faut savourer la reprise sublime de « Cry me a River » sur des percussions de rumba à l'ancienne, où la voix de Daymé Arocena éblouit autant que l'intelligence de l'arrangement et la réussite de ce mariage étonnant. Voilà un chemin qu'on aimerait beaucoup voir poursuivi par cette nouvelle tête d'une musique cubaine dont la richesse ne fait pas oublier à quel point elle est et fut galvaudée.

Pierre Tenne