Avec Herança, Lura rend un hommage vibrant au Cap-Vert. Sur ce troisième album, dont le nom signifie héritage, on navigue avec joie entre les rythmes typiques de l’archipel cap-verdien (morna, batuque, funaná…) Ce dernier puise sa richesse musicale dans le croisement entre les influences européenne, africaine, brésilienne, carribéenne. Ici, la chanteuse repousse les frontières encore plus loin et effectue un va-et-vient constant entre ses racines et l’ailleurs tout en maintenant un bel équilibre.

Pour cet album, Lura s’est entourée d’invités de choix comme le brésilien Naná Vasconcelos ou Mario Lùcio, musicien, compositeur mais aussi Ministre de la culture du Cap-Vert. Ce dernier signe plusieurs morceaux qui témoignent de l’âme mais aussi de l’histoire de l’archipel, notamment « Goré » dont le titre parle de lui-même. La chanteuse s’appuie également sur le musicien et compositeur Toy Vieira qui a collaboré entre autres avec Cesaria Evora. Officiant à la production, il est aussi à la guitare sur plusieurs morceaux. On salue son sens de la mélodie qui met bien en valeur la voix de Lura.

« Sabi di Más » ouvre l’album sur un rythme de funaná endiablé et donne furieusement envie de danser. On retrouve cette cadence effrénée sur « Ness Tempo di Nha Bidjissa » ou « Maria di Lida », un hymne à la femme cap-verdienne. A un tempo moins rapide mais tout aussi dansant, « Nhu Santiago » est dédié à l’île du même nom et constitue un joli duo avec Elida Almeida, jeune espoir de la scène cap-verdienne. Toujours sur l’île de Santiago se trouve Cidade Velha, objet également d’un très beau titre en hommage à ce lieu emblématique du commerce triangulaire, qui a marqué l’histoire du Cap-Vert. De « Ambianti Más Seletu », une morna, émane une certaine mélancolie. C’est donc ça la fameuse saudade ? Ou bien est-ce la complainte de l’exilé résonnant dans « Di Undi Kim Bem » ? L’histoire de cette personne loin de ses terres devrait particulièrement toucher les Cap-Verdiens dont une grande partie d’entre eux vit exilée en dehors de l’archipel.

Sur «Barco di Papel », la chanteuse a convié Richard Bona. Le musicien qu’on ne présente plus a marqué le titre de sa patte et l’a empreint de cette grâce aérienne dont il a le secret. C’est une tout autre ambiance qu’on trouve sur « Herança », en collaboration avec le percussionniste Naná Vasconcelos. Sur un fond de murmures, de percussions très minimalistes et le son du gong, s’élève la superbe voix de Lura. Cette chanson sonne comme une incantation et on imagine la chanteuse en prêtresse ultime célébrant une cérémonie religieuse. Autre belle rencontre sur « Mantenha Cudado » qui lorgne vers l’Andalousie avec une magnifique guitare flamenco. C’est donc à un très beau voyage à travers l’Atlantique et au-delà que nous convie Lura à travers Herança. Mais elle nous amène aussi sur les traces du Cap-Vert, nous raconte son et ses Histoire(s), son peuple, ses traditions. Embarquons avec elle !

Fara Rakotoarisoa

Lura, Herança, Lusafrica, octobre 2015

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