C’est comme ça, on n’y peut rien, c’est une question de programmation mentale. On est accompagnateur ou soliste. Comme au foot où les caractéristiques physiques et mentales conduisent à devenir arrière-droit ou avant-centre, flamboyant comme Zidane ou besogneux comme Deschamps sans vouloir être pour autant normatif chacun tenant au mieux sa partition.

Bon, revenons à nos moutons en précisant que dans l’histoire de la musique brésilienne, la référence idéale de l’accompagnateur est le guitariste 6 cordes Jayme Florence, aka Meira. Ce qui n’enlève rien au talent immense de celui qui fut aussi un professeur adoré de ses élèves : Mauricio Carrilho - le plus proche de lui en terme de posture - Baden Powell et Rafael Rabello. Côté soliste, s’impose l’image de Jacob Pick Bittencourt, aka Jacob do bandolim suivi, plus près de nous, par les solistes natifs que sont les guitaristes Baden Powell, Rafael Rabello, Yamandu Costa ou le bandoliniste Hamilton de Hollanda. C’est indéniablement à cette dernière engeance qu’appartient le bandoliniste Luis Barcelos. Venu du sud du Brésil pour rejoindre l’Escola Portatil de Musica et parfaire sa pratique du choro et du samba auprès de Pedro Amorim (Um Abraço No Amorim, hommage au professeur, démontre qu’il a la reconnaissance du ventre).

Le concert de lancement de l'album Depois das cinzas (après les cendres, c’est-à-dire après le mercredi des cendres qui marque la fin du carnaval), effectué en avril dernier dans la belle salle du Centro Das Conferencias de Tijuca, quartier de Rio, fut une bien belle réussite. Lors de ce concert comme dans son disque, Luis Barcelos, qui a environ 25 ans et qui est déjà recherché comme instrumentiste par des chanteurs de renom, est entouré de musiciens de sa génération : Leonardo Pereira au cavaquinho, Glauber Seixas à la guitare 7 cordes, Patrick Ângelo à la guitare 6 cordes et le talentueux Marcus Thadeu au pandeiro et autres percussions. Dans le disque, il est rejoint sur quelques plages, par le trompettiste Aquiles Moraes, autre rejeton de l’Escola Portatil de Musica et par le clarinettiste Ruy Alvim, le senior de cette histoire mais y apportant un vécu qui donne du nerf et de l’étoffe à la musique.

L’album s’écoute avec un plaisir non dissimulé, les mélodies sont agréables sans être toutefois très novatrices, la dynamique est parfaite et Luis Barcelos confirme l’évidence de ses qualités de soliste (beau son, fluidité du discours, virtuosité..).Ce premier album, qui s’inscrit sans fausse note dans la tradition du choro, manque encore d’un peu de maturité pour laisser entrevoir quelles seront les nouvelles pistes de rajeunissement du genre que saura un jour apporter Luis Barcelos... Deux plages sont à retenir en priorité, sans doute pour une once de modernité en plus : « Espevitado » (excité) et « Feira Da Gloria » (le marché du quartier de Gloria). « Quebrando Tudo » (en cassant tout) est une improvisation collective bienvenue dans l’esprit d’une «roda de choro ».

Philippe Lesage

Pour tout comprendre au choro, l'entretien de Philippe Lesage avec Pedro Aragao est par ici!