Comme les jumelles Olsen en leur temps, les sœurs Caronni se sont associées pour vivre leur passion. A l'inverse d'Ashley et Mary-Kate, elles ont du talent et des choses à dire. Cette comparaison n'a donc guère de sens autre que sexiste. Sauf si les jumelles argentines se décident pour le botox ou le prêt de leur croupe populaire, pour comme disait l'autre faire parler un peu la déesse aux cent bouches.

Pour l'heure, les deux homozygotes du Rio de la Plata (Gianna et Laura) creusent leur trou avec ce troisième album en duo. Trou dans lequel on déniche un bagage classique, tendance Villa-Lobos plutôt que Gesualdo (« Preludio y habanera ») ; rehaussé d'ailleurs par leurs instruments respectifs, violoncelle et clarinette, auxquels s'adjoignent de temps à autre voix et bandonéon. Forcément.

Ce troisième opus gémellaire roule sa carcasse sur des influences marines qui enrichissent cette cargaison originelle d'influences multiples, dont les diverses langues des textes sont les premiers témoins. Encore cette putain de mondialisation ! L'ambition poétique des parties chantées a le mérite d'une simplicité vivifiante, et fait office de passerelle à une trame très folk pour cet album qui va fureter par instants explicitement vers Jim Morrison. Entre autres. Navegas Mundos chaloupe ainsi avec aisance et élégance sur des rives très ouvertes, entre jazz, folk, chanson et musique classique d'Amérique du sud, pour proposer une nouvelle synthèse de ces recherches métissées qui font aujourd'hui florès – LauraPerrudin sous nos latitudes.

Souvent justes et inventives, les jumelles Caronni parviennent à échafauder un univers à la grâce aérienne, qui s'invente des profondeurs littéraires autant que musicales en dialoguant avec les traditions multiples qui le composent : le « Macondo » en hommage à Garcia Marquez, une « Spanish Caravan » très folk voire des explorations ottomanes (« Turchinsky canzonetta »). Navegas Mundos trouve ainsi une force élégiaque poignante autant que cohérente, que ne parviennent pas à entacher certaines errances vers un lyrisme mal assorti avec les voix des deux sœurs, ou les redondances de l'orchestration, notamment le ressort invasif des lignes de basse pesantes et esseulées du violoncelle. Auberge espagnole musicale fidèle à son siècle, Navegas Mundos en retire le meilleur pour une musique sincère, picorée de créativité et d'intelligence (plus que de swing), qui inscrit les sœurs Caronni, brillantes et singulières, dans le haut du panier mainstream de ce que les commerciaux appellent musiques du monde.

Pierre Tenne

Las Hermanas Caronni, Navega Mundos, Les Grands fleuves/L'autre Distribution, sortie le 13 novembre

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