Ed Motta - AOR (édition deluxe 2014)Harmonia Mundi 

Pour sa tournée spéciale dans l'hexagone, Ed Motta revient avec une version deluxe -18 titres tout de même- de son treizième et dernier album AOR, sorti en 2013, compilant désormais la version anglaise et brésilienne en portugais. C'est qu'on l'attendait le fameux Jazz Funk Soulman...

Il nous avait ouvert l'appétit au Duc des Lombards en octobre dernier. Collectionneur de vinyles rares – il en compte plus de 30 000 chez lui-, notre homme, fan de la dernière heure de Steely Dan, l'est aussi des genres musicaux passant tour à tour du funk à la soul, de la pop au jazz, du disco à la bossa nova... On ne saurait traduire ce qu'est exactement la musique d'Ed Motta, tant elle fourmille d'influences diverses. Rien d'étonnant à ce qu'AOR éclate lui aussi les genres.

Comme son nom l'indique, l'album rend hommage à l'Adult Oriented Rock, terminologie des années 70-80's que les radios utilisaient pour désigner des groupes et artistes tels que Doobie Brothers, Christopher Cross, Steely Dan ou encore Tod Rundgren. Terminologie s'il en est car la programmation éclectique des radios de l'époque empêche en vérité toute classification sous un style quelconque. Plutôt pop rock ou progressive rock dirons-nous, en simplifiant. Pour notre soulman en tout cas, cela signifie un retour aux sources musicales de son adolescence.

AOR est un album hybride difficile à définir. Un groove ensoleillé bien sûr. Mais pas seulement. Il y a ce je-ne-sais-quoi qui nous saisit et nous fait sourire. Sans doute les influences MPB - Musique populaire brésilienne - y sont pour beaucoup. C'est que notre fin gourmet cultive les mets rares et délicats. Tout est savamment orchestré pour faire de cette pop jazz funk acidulée une petite pépite de groove cajoleur. Ed Motta, son fender Rhodes et sa voix suave, sensuelle, charismatique, nous entraîne sur les plages dorées de Rio. Ed Motta est un esthète, dandy de corps, de conscience et... d'oreille. Et sa musique complexe renferme cette singulière préciosité qui la rend tout à la fois inclassifiable et remarquable. Son maître-mot, c'est la sophistication ; sa spécialité, les arrangements. Quant aux paroles, notre homme de Rio a fait appel à Rob Gallagher pour la version anglaise et à ses collaborateurs brésiliens pour la version portugaise : Rita Lee, Adriana Calcanhotto, son ex-femme Edna Lopes et le saxophoniste Chico Amaral incarnant, selon lui, le nouveau Noel Rosa.

En définitive, AOR est un album aussi pop que funk. Et si son public brésilien attend surtout du funk, tant pis pour lui. Ed Motta tient trop à sa liberté pour se laisser dicter son oreille musicale par autrui. Le défunt Tonton Tim Maia (eh oui, il doit bien y avoir une affaire de gènes là dedans, trop de talent sans explication rationnelle, c'est suspect) eut été fier de son neveu, s'il n'en avait été jaloux... Et jaloux, il l'aurait été en entendant un tel album, jardin luxuriant parmi les jardins extraordinaires. Écoutez Dondi et dès les premiers accords de guitare, vous verrez l'Eden. « Dondi don't go » : un voyage atypique et atemporel.

Agathe Boschel

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