Aurelio, Darandi (Stonetree records)


Rappelons qu’Aurélio joue de la musique Garifuna. Évoquons également la légende qui conte que ses ancêtres sont des esclaves africains dont le bateau négrier s’est échoué au large de la petite île de St vincent, au sud de la Martinique, et qui se sont métissés avec les indiens caraïbes et arawak indigènes.


N'oublions pas non plus de relater le déplacement par les troupes britanniques des Garifuna à l’autre extrémité de la mer des Caraïbes, après leur soulèvement en 1797. Cette traversée et le contact des populations du continent, Honduras, Belize, Guatemala, Nicaragua, aura probablement forgé l’identité de cette culture. Bien sûr, précisons qu’Aurélio excelle dans la punta et la paranda, et que cette dernière est une forme de blues garifuna, qui conte la vie quotidienne de ses semblables, leurs déboires, leurs relations et leurs amours, en empruntant à la culture africaine les chants responsoriaux et à la guitare hispanique la mélancolie des mélodies qui évoquent la douceur de vivre en Amérique centrale. Mais la simple écoute de cet album suffit à nous emmener dans l’univers singulier de cette musique aux harmonies aigres-douces et sophistiquées, qu’Aurelio Martinez incarne avec générosité, depuis plus de 30 ans.  


Cet opus nous entraîne d’un pas dansant, d’une piste à l’autre, le cœur léger, à travers une collection de morceaux choisis par le chanteur dans le répertoire de sa riche carrière. Si la musique est joyeuse et stimulante, elle est teintée d’influences qui reflètent la complexité de sa culture et de son histoire. Elle se déguste avec attention, comme un vieux Zapaca (rhum du guatemala) aux arômes délicats de menthe poivrée, d’origan, de feuille de laurier, de bois grillé, de cuir et de vanille. L’oreille néophyte ne sera pas déroutée par l’orchestration moderne de ces mélodies traditionnelles, qui combine instruments indigènes et guitare électrique, à l’instar d’un Turtle Shell Band, qui reprenait dans les années 70 les airs populaires du Rythm and Blues ou du Reggae de Bob Marley en utilisant boite à rythme et synthétiseurs avec membraphones, shakkas et carapaces de tortues.


Ces tubes garifuna semblent étrangement familiers, comme les mélodies du son cubain, comme si cette musique métissée tenait, finalement, d’un langage universel. Dans cette langue caribéenne à la phonétique africaine, mâtinée d’espagnol et de français, il semble évident, sans qu’on le comprenne, qu’Aurelio évoque la joie de vivre, le bonheur, l’amour, et la fierté de l’appartenance à sa culture.

Par Xavier Leblanc - 23 février 2017


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