Riffs de vagues, ondes de guitare, Chanson d'amours commence comme l'Avril de Laurent Voulzy. Voui voui, je viens de citer « Slow Down » et voui voui, on ose avouer, on aime ! Après un premier album L'homme des sables (2012), Benjamin nous entraîne tout droit sur l'archipel calédonien, glissant comme une planche à voile de Nouméa sur un premier riff guitaristique au rythme extrêmement resserré, amarré à quelques encablures des remous saccadés et sensuels de la voix du joueur de trombone... Pon Pon. « Nous hisserons [donc] les voiles sans moteur et sans commandant ».

Mais qui est cet étrange monsieur un peu chauve au nom à particule ? Un nomade né d'une mère danseuse péruvienne (on en comprend des choses!) un chouïa en marge dans le panthéon de la chanson française [1] qui doit certainement beaucoup à son paternel, grand compositeur de musique de film, François de Roubaix, qu'on salue depuis Paris. Un homme qui file surtout sa musique comme une partition de la mer, du vent, de l'air chaud et des eaux salées, ce fameux « livre au fond [qui] n'a pas été lu » dirait Ponge [2]. Sauf qu'ici, on lit la métaphore musique /mer : il s'agit de chansons.

Fidèle à papa, Benjamin reprise et réinvente sa vieille boîte à musique synthétique qui ragaillardit ces eaux tranquilles en les rendant à leurs sources, les fameuses influences du dit-hurluberlu-ubuesque-papa - gros recourt de synthé, de voix démultipliées (effet coquillage), bruits incongrus qui apparient la guitare vers sa modernité. Une musique qui prime pour son dépaysement mimétique du voyage introduit dans la première chanson. Par endroit, on frôle presque la musique gitane (« Comme Mathusalem »), les traditions africaines (l'intro de « Ma fleur africaine »), quand on ne découvre pas carrément une réécriture sud-américanisée fraîche et gaie luronne de « La Javanaise » du sieur Gainsbarre. Force nous est alors de tirer révérence à l'artiste pour ses influences éthniques diversement rapatriées avec justesse dans l'album. En prime, le jeune loup de mer surfe sur des rythmes amérindiens plutôt bien réussis qui ritualisent ses chansons d'amour solennisées. Percu, flûte et transe vocale en guise d'épilogue, « La ballade de Crazy Dog » ne trompera personne. On admirera donc dans cet album le jeu de pirouette entre des ritournelles océaniques centrées autour du combo gagnant guitare/voix (« Nouméa », « Chansons d'amour ! » où se relayent guitare et piano, « En el monte ») rythmées avec simplicité, sobriété mais excellemment et des chansons plus travaillées, moins épurées qui charrient toute une historiette de traditions éthniques. Mais...

...Mais on ne vous le cachera pas plus longtemps, il y a anguille sous roche, requin sous planche, épines sous écorce, bref, un truc qui « pêche » vraiment, qui déstabilise notre sens critique, qui écorche notre cœur : la faiblesse de certaines paroles. Des paroles faibles qui viennent heurter notre lecture heureuse du titre programmatiquement prometteur de l'album « Chansons d'amour ». Le titre à demi-éponyme reposant sur une jolie petite paronomase « Le son d'amour » (chanson/son) frôle ainsi la platitude avec son texte pauvre pastiche de Godard « J'écris des chansons d'amour. ça ne relève pas du langage. ça ne relève pas du discours ». On préférerait l'adieu au langage. Quant à la berceuse, aussi douce soit-elle, « Je cherche mon paradis », elle ne fonctionne pas – question de sensibilité ?... A vous de juger : « Je cherche mon paradis. Cet endroit merveilleux, où l'on peut être heureux mais jamais malheureux ». Cela étant, mis à part ces menus détails qui nous hérissent le poil sur quelques rares titres (Allons ! Ne généralisons pas !), un album ma foi plutôt sympathique, empli de ballades heureuses et presque radieuses qui accompagneront sagement mais sûrement les premiers vacanciers et ralentiront peut-être avec raison le rythme effréné de tous ceux qui profitent déjà depuis un bon mois de la vie. Reste une question (pour tous ceux qui sont restés kéblos dans les années 90's) : oooyez ooyez, et si Rockollection restait malgré tout LE son des vacances ?

Agathe Boschel

Benjamin de Roubaix, Chansons d'amour, Pucci Records, 2016

 

[1] « Heu, mais...heu...ça existe encore ? »

[2] « Bords de mer », Le parti-pris des choses pour les fans.


Benjamin de Roubaix: voix, guitare, trombone, percussions, basse électrique - Xavier Hermosin : choeurs, percussions, batterie, guitare - Jim Gunnell : piano, synthétiseurs - Zacharie Abraham : contrebasse - Hélène Saint-Aimé : choeurs - Daniel Espinosa : cajon - Serge Sainte Rose : piano et flûte - Théo Josso : congas

 

 

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