Tribute to Irakere est la captation d’un concert donné au Festival de Marciac, le 3 août 2015. Quatre générations de musiciens sont réunies et le pianiste – compositeur emmène son petit monde composé de deux sax, trois trompettes, trois percussionnistes (drums, tambours Bata, diverses percussions) dont trois vont assurer les parties vocales en un port de voix bien dans la tradition du chant afro-cubain.

Chucho, qui contrairement à son père Bebo exilé en Espagne, avait décidé de rester dans l’île, rend un hommage à Irakere, groupe qu’il avait fondé en 1973, qui s’était éteint en 2000 avant de renaître de ses cendres en 2013. Comme le régime castriste considérait que le jazz était une musique impérialiste et qu’il voyait d’un œil tout aussi sévère le boléro et le mambo qui rappelaient trop le temps des casinos et cabarets d’avant la Révolution, tout ne fut pas toujours facile pour Irakere. Quelques musiciens quitteront d’ailleurs le navire comme le saxophoniste Paquito d’Rivera (Il se réfugie à l’ambassade américaine lors d’une tournée en Espagne en 1980 ) ou Arturo Sandoval en 1990. Au sein de Irakere (traduction : « forêt dense » en langue yoruba), on pouvait aussi noter la présence du génial percussionniste Anga Diaz, décédé à Paris dans la fleur de l’âge et José Luis Cortés qui créera le groupe NG La Banda.

Enracinée dans les plus pures traditions de la musique afro-cubaine mais éloignée de la salsa américanisée du label Fania  et bien plus proche de ce que faisait le contrebassiste Cachao ou la Sonora Matancera dans les années 1950, Irakere est une usine à rythmes qui revisite et modernise au niveau du son et de l’expression des solistes la musique cubaine sans être d’avant –garde ni trop formatée.

Avec Chucho Valdés, surtout en concert, on sait que ça va décoiffer, que ce sera une symphonie de percussions endiablées qui vont plonger, en une couleur très noire, dans les valeurs spirituelles et rythmiques de la santeria («  Yansa », « Congadanza » sur des chants en yoruba et des rythmes empruntés au culte ). Le style percussif de Chucho Valdés est plus proche de l’expression de Mc Coy Tyner que de Bill Evans mais Chucho sait s’allouer de temps à autres des variations échappées de la musique classique. Les jeunes saxophonistes sont brillants et sont bien mis en évidence alors que les trompettes, aux éclats solaires, le sont peu, phénomène plutôt rare dans la musique cubaine. Cette musique généreuse, parfois épuisante, valorise l’énergie et la danse au détriment d’un certain raffinement.

Philippe Lesage

Chucho Valdès, Tribute to Irakere - Live in Marciac, JazzVillage, 2015

 

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