Ce disque d’Ilhan Ersahin, musicien suédois d’origine turque, résidant à New York et marié à une brésilienne, aurait pu être chroniqué dans notre rétrospectivee « Les oubliés de 2015 » mais rien n’interdit de revenir vers lui surtout en faisant abstraction de toutes les informations piochées ici et là et déjà oubliées. Le mieux est d’aller directement à l’essentiel, c’est-à-dire à la musique, en toute virginité, en posant le disque sur la platine et en scrutant les deux photos à valeur symbolique qui ornent la pochette: les rives du Bosphore, un homme qui descend des marches comme pour s’engouffrer dans un tunnel ou dans le ventre de la terre.

Dès les premiers instants, l’attention de l’auditeur est capturée par les éléments qui seront les ingrédients d’un vagabondage musical attachant quoique difficile à cataloguer, ce qui finalement en dessine la singularité. Soutenu par une rythmique aux accents obsessionnels, une basse funky et quelques éclairs électroniques, le sax, positionné très en avant, chante en un lyrisme tellement exacerbé qu’il en sort parfois une voix étranglée qui n’est pas sans rappeler certains hauts faits du free jazz. Sur de belles compositions aux lignes mélodiques simples, on dirait qu’Ilhan Ersahin se substitue à un chanteur pour se lancer dans le développement des thèmes en de longues improvisations modales.

Ni jazz, ni électro-rock, ni funk, ni brésilienne et encore moins ancrée dans la musique folklorique des Balkans, la musique semble puiser à tout cela pour trouver sa propre identité. Parfois, on pense à Sonny Rollins mais c’est plus la fougue lyrique de Gato Barbieri qui revient en mémoire, même si ce dernier s’enracinait dans les sons et les rêves de l’Amérique Latine alors qu'Ilhan Ersahin ne donne pas le sentiment de recourir au passé de la musique turque ou du Moyen Orient. Les sessions qui se sont tenues à Istanbul auraient pu l’être à New York ou Sao Paulo parce que Ilhan Ersahin semble d’abord et avant tout sensible à la mixité culturelle toujours en gestation des mégalopoles. Il a raison : keep on movin’ !

Philippe Lesage

 

 

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