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Rejouer la musique du groupe de Robert Smith ? En Jazz ? Dans un trio Alto/Contrebasse/Batterie ? Est-ce vraiment une bonne idée ? C’est dans cet état d’esprit que je descendis sur Brest, à l’Atlantic Jazz Festival, pour assister au concert du trio de Pierrick Pedron. Si le pari peut sembler risqué, le téméraire altiste n’en a cure. À quelques heures de son set, c’est un Pierrick sûr de son coup qui papotait aimablement avec nous en sirotant une bière.

Contaminé par sa bonne humeur et par une certaine excitation pré-concert, je me suis gardé de lui faire part de mon scepticisme quant au choix du groupe sur lequel il s'était penché avec son trio. Sans être grand connaisseur des Cure et d'après mes maigres connaissance en la matière, il me semblait que le songwriting de Robert Smith, bien que bourré d’indéniables qualités, ne possédait pas le potentiel mélodique et surtout harmonique pour servir de tremplin à des musiciens de Jazz, comme ça pouvait être le cas de certaines chansons des Beatles ou de Gainsbourg par exemple. Et puis, sortie de son contexte New-Wave et sans la voix du charismatique leader, la musique ne risquait elle pas de perdre tout son sens et sa saveur ?

Il n’aura fallu que quelques notes à Pierrick Pedron pour faire taire en moi ces préjugés. En effet, force était de constater que la musique de Cure en Jazz marchait très bien. Pourquoi ? Grace au jeu incroyable du saxophoniste et de ses deux musiciens. Pedron est un instrumentiste absolument éblouissant, jamais à court d’idée et doté d’une technique solide. Il nous prouve qu’il est à l’aise dans absolument tous les contextes, de Thelonious Monk à The Cure.

Quant à la rythmique, le bassiste et le batteur ne se montrent effrayés ni par le répertoire insolite, ni par l’énorme liberté, ni par les lourdes responsabilités qui pèsent sur leurs épaules en l’absence d’un instrument harmonique. En plus de poser les bases avec sureté, Thomas Bramerie se révèle être un mélodiste de la contrebasse. Franck Agulhon - lui qui s’était révélé un musicien au swing subtil dans le précédent album de Pedron (le très bon Kubic’s Monk) - lui, possède une aisance qui lui permet de jongler avec les clichés de la batterie Rock comme un footballeur avec un ballon, sans pour autant mettre de côté ce dialogue constant avec ses partenaires propre au langage Jazz.

Mais la vraie révélation de la soirée fut pour moi du coté des mélodies de Robert Smith. Portées par des arrangements simples, interprété avec conviction par un trio tournant à plein régime, les chansons de Cure furent ce soir-là sublimées. Et c’est là tout le principe de l'hommage. Faire découvrir ou redécouvrir un répertoire. Moi qui, hormis quelques tubes, ne connaissais pas très bien cette musique, je sortis du concert avec une forte envie de découvrir The Cure. Pierrick Pedron avait donc bien raison d’être sûr de son coup. Mission accomplie.

Martin Cazals

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