perfil roberto fonseca

Roberto Fonseca est un kiffeur. Et à Gonesse on ne demande que ça. Physiquement déjà, le bonhomme est énervant : grand, musclé, et les deux demoiselles devant moi confirment, beau gosse. Au piano, ce serait presque pire... La main droite de Roberto Fonseca aurait été flashée par la police du Val d'Oise ce 3 avril au soir à une vitesse indécente. Tout va trop vite, et pourtant ça sonne.

En fin de compte, la virtuosité est pour le Cubain le petit plus qui lui permet de vraiment kiffer. Sur « 80's », deuxième morceau du set qui ressemble farouchement à un ragtime créole composé sous ecstasy, il s'amuse franchement avec ses potes sur scène, comme un gamin. Notamment avec Joel Hierrezuello aux percus. Les deux entament une sorte de un, deux, trois soleil musical qui n'a visiblement pour seul but que de déconner entre amis. Et pour ça, il faut bien montrer ce qu'on sait faire. Alors Roberto lâche des soli sortis d'un autre univers en rigolant à pleines dents, avant de poser solennellement devant le micro pour annoncer, en français, le titre du prochain morceau.

La magie de la musique de Fonseca est d'abord dans l'impression de joie et de facilité déconcertante qui s'en dégage. On ne peut être d'ailleurs que déçu lorsqu'on écoute son dernier album, Yo, après le concert. L'entente avec ses musiciens sur scène est à la limite de la fusion, et le plaisir qu'ils prennent si ostensiblement invite naturellement le public à oublier la dureté des sièges époque Giscard flamboyant de la salle Jacques Brel de Gonesse.

Pour le hipster parisien que je suis, il fallait au moins ça pour ne pas dénigrer l'un des pianistes les plus mainstream du moment. Et heureusement, car la musique vaut franchement la peine qu'on l'écoute. Le set débute sur un incroyable dialogue entre la kora (décidément un instrument somptueux) endiablée de Cherif Soumano et Fonseca, porté par une section basse, batterie et percussions irréprochables voire plus encore. Le pianiste donne à entendre à tout Gonesse l'ampleur de son talent de compositeur en mêlant le son de la harpe malienne aux rythmes créoles qui animent sa musique depuis bien longtemps – il fut le dernier pianiste d'Ibrahim Ferrer.

L'ensemble de la soirée prolonge un peu plus l'impression initiale. La musique est bien plus complexe qu'elle en a l'air, et son évidence ne repose que sur le talent et l'entente du groupe. Un par un, les musiciens jouent (au sens que ce verbe a encore pour les enfants) avec une joie communicatrice. Fonseca n'hésite pas à se plonger dans l'ombre et abandonner son piano pour laisser à ses potes un moment de liberté, comme sur l'échange époustouflant entre la contrebasse (Yandi Martinez) et la batterie (Ramses Rodriguez) qui fut l'un des moments de grâce de ce concert.

Mais en terme de grâce, il faut bien rendre à Fonseca ce qui appartient à Fonseca. La moindre de ces envolées impose au public un sourire silencieux et ébahi, et fait atteindre l'orgasme. Observer ses mains sur le clavier est en soi un spectacle qui valait le déplacement (pourtant la gare de Villiers-le-Bel, c'est pas tout prêt pour un parisien...). Mais ces soli valent surtout pour leur richesse d'abord mélodique mais aussi harmonique. Ainsi, à nouveau sur « 80's », le Cubain se fait plaisir en enchaînant les triolets lyriques de la main droite sur des enchaînements harmoniques ultra sophistiqués de la gauche et surtout avec un léger décalage rythmique... Sinon, ce serait pas marrant.

Le set monte crescendo et on sent le public de Gonesse (bien chauffé par la musique métissée et enjouée des Français de Setenta en première partie) de plus en plus conquis. Il faut d'ailleurs souligner le mérite du festival Banlieues Bleues qui, après vous avoir fait gueuler pendant une heure de transport, vous impose de reconnaître qu'on écoute différemment les concerts de ce côté du périph. L'ambiance n'est pas la même, et la musique en serait presque changée. On ressort de Gonesse avec un Havane au bord des lèvres, et l'impression que le dernier RER de la soirée traverse le Cuba de Fonseca. La performance des musiciens est un vrai show, mais un de ceux qui forcent à écouter autant qu'à prendre son pied. On ne saurait demander plus.

Pierre Tenne

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