Quel est le point commun entre Kenny Garrett jouant devant 6000 personnes à Marciac et Claude lançant une version karaoké de La Vie en Rose devant la maison de retraite de La Petite Pierre ? Les deux ont traversé l'œil de la Djam-Caméra et me font sourire quand j’y repense. Depuis une semaine, la caméra est au chaud dans son sac, la Twingo dans son garage et mes pieds dans leurs crocs. L'Aventure est finie et pourtant tout commence. Les disques durs sont pleins et les vidéos attendent dans les startings blocks une chance d'avoir leur place parmi les 52 minutes du documentaire. Quant à moi, il me faut repartir du début pour concocter un documentaire à l'image de notre Tour de France : intense et déphasant.

Les festivals que nous avons fréquentés sont éperdument différents les uns des autres et je me réjouis à l'idée d'en montrer les disparités. La taille et l'emplacement, le public et l'atmosphère, la programmation et le rayonnement sont autant de critères qui en forgent l'âme. Les merveilles que chacun recèle ne sont pas de même nature mais me font frémir à l'idée d'en djamifier la substance.

victorcadreur

Tout le challenge du montage est de restituer fidèlement nos impressions et nos sentiments avec les lambeaux d'objectivité que nous avons fixés sur les cartes-mémoire. Je me sens comme un chirurgien avant une transplantation cardiaque : il ne faut pas que le cœur s'arrête de battre même si on touche aux artères.

Pourtant, le calme du montage n’a rien de semblable au chaos du tournage. Seul face aux 60 heures de vidéo, il n’y a désormais plus aucune décision irréversible. Il y a des choix importants à faire mais l’urgence est faible – pour l’instant – et le fauteuil est confortable. Sur place, il y a de larges temps d’attente et de détente mais l’action et la pression surviennent sans crier gare. Certains moments sont cruciaux et il faut gérer quotidiennement les batteries de caméra vides et les cartes mémoires pleines. La sournoise disparition de lumière en fin de journée, aussi appelée crépuscule, est un ennemi redoutable mais les gens qui braillent à quelques mètres d’une interview sont bien plus exaspérants. Cependant, il y a la fraîcheur de la découverte, la magie des rencontres et surtout le djam-partage qui n’existent qu’au moment du tournage. Sans compter les repas gratuits.

Aujourd’hui je pense aux interviews et aux sacrifices qu'il faudra faire pour n'en garder que les perles sans en manger les huitres. Aux difficultés pour ne pas trahir l'instant tout en retraçant les limites. Il s'agit de garder la beauté du live alors que ce sont les souvenirs qui résonnent.

Allez hop là, au boulot !

Victor Guéroult

 

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