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J'en ai vu des concerts surprenant pendant notre tour de France des festivals mais je ne pensais pas que je me prendrais l'uppercut musicale de l'été à Carolles-Plage... C'est dans ce petit village de la Baie du Mont-Saint-Michel qu'a lieu la rencontre entre Peter King et Steve Grossman, deux poids lourds de l'histoire du jazz. Les deux papis grassouillets ont leur style propre. Calvitie gominée, Tee-shirt normcore, bagouze assortie au costard délavée... Bref, la tenue complète du vieux bouliste du sud qui donne plus dans le Ricard que dans le saxophone. Pourtant, nos deux compères nous font vite comprendre qu'ils ne sont pas venus à la plage pour manger des moules-frites en claquettes. Sous la tente bondée de jazz en Baie, le concert commence sans Intro, sauf si on compte la minute trente qu'il a fallu à Grossman pour sortir de sa chaise, sport auquel nos deux soufflants seraient ex æquo entre Pierre Menés et Carlos. Les deux poids lourds nous envoient direct un match musclé, entourés dans le ring par Simon Goubert à la batterie, Alain Jean-Marie au piano et Duylinh N'Guyen à la contrebasse. Soudain les masques tombent et la musique te cloue au siège. Un peu comme ce moment ou ton grand-père que tu pensais gâteux te met une grosse torgnole ; t'as peur, tu ne comprends pas ce que t'as fait, mais au fond tu sais que c'est pour ton bien. C'est finalement l'élément qui me marque le plus devant ces deux géants du jazz : la pointe de nostalgie et d'amour qu'ils ont réussissent à mettre dans leurs rugissements.  Le quintet nous a livré un show hors norme à tous les niveaux. Je tiens à employer le mot "show" car comme Johnny qui mime encore l'ACTE sur scène à 70 ans, Steve et Peter pourraient donner des leçons à certains jeunes jazzmen en terme de spectacle. Ça faisait longtemps que je n'avais pas vu un concert qui transpirait autant l'amour pour la musique et l'énergie dévastatrice qui découle de la libération musclée des codes du jazz. Je remercie Jazz en Baie d'avoir pris le risque d'organiser ce clash des titans qui m'a donné l'impression d'assister au rematch entre Tyson et Holyfield 30 ans après et si les coups partaient encore. Chapeau bas à Steve et Peter, 63 et 73 ans (et encore toutes leurs dents). C'est décidément dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes.

Benoit Larrieu