krisis_450

krisis_450

Thierry Mariétan, Krisis¸ Petit Label, 2014

Cette chronique je l’ai déjà écrite. Elle a disparu, car l’informatique est domaine du diable. Ce sont des choses qui arrivent. Je me souviens bien de ce qu’elle contenait : une blague un peu vaseuse sur le titre, un éloge prononcé à la saxophoniste Alexandra Grimal, un exposé sur une musique aux frontières du free et de la musique improvisée, le talent des compositions, l’excellentissime arrangement d’une danse séminole – du nom d’une tribu indienne de l’actuelle Floride. Voilà en filigrane la teneur de cette chronique fantôme.

Pourquoi raconter tout ça ? Peut-être pour rappeler qu’il faut toujours sauvegarder, tout le temps. Le disque dur externe, adjuvant nécessaire de la vie moderne ! Plus important, j’ai dû réécouter Krisis, ce qui arrive rarement au chroniqueur tenu de livrer la fameuse substantifique moelle d’un album sous la contrainte du temps qui presse. « Elle vient ta chronique ? Toujours pas ? Magne-toi ! » L’artifice de la tâche, ne pas l’oublier. Krisis, riche et difficilement épuisable, me l’a remémoré.

Que n’avais-je vu chez Thierry Mariétan et son quartet ? Le brio des interventions de Karsten Hochapel (violoncelle), notamment sur le tube de l’album, « A Seminole Dance Band ». La beauté des compositions de Paul Wacrenier, ce chenapan mirifique, récemment vu avec Healing Unit. Son « As If » plane comme une berceuse baroque au petit jour. L’entrelacement des parties composées et des passages improvisés, dans desquels Alexandra Grimal illustre trop souvent un talent à fleur de peau : le solo de la saxophoniste de l’ONJ sur « Apocalypsos » est un chef d’œuvre ; et la musicienne l’une des plus intéressantes créatrices de cette scène.

La musique de Thierry Mariétan a ses moments d’abstraction expressionniste propres au genre où on pourrait la ranger – free et musique improvisée, donc, mais cela est réducteur tant les compositions convoquent au loin trop de références pour les synthétiser en quelques mots. Elle est déployée avec une cohérence attentive présente jusque dans la tracklist imprégnée de références cosmologiques et stellaires et esquisse des espaces infinis sous lesquels dansent des Indiens ou se confessent des arbres. Exemple parmi d’autres que cette complexité du propos recèle une générosité sans détour des musiciens et de leur musique, que décidément il est plaisant de redécouvrir avec sérieux. Je n’invite bien sûr pas à perdre ce magnifique album du Petit Label, qui est à l’amateur de beaux objets ce que l’anneau unique est à Gollum : précieux. Réécouter, pour avec ce beau quartet ne plus s’effrayer des espaces infinis ou de leurs silences.

Pierre Tenne

Pour aller plus loin, un entretien avec le pianiste Paul Wacrenier ; et c'est juste ici!

Member Login
Welcome, (First Name)!

Forgot? Show
Log In
Enter Member Area
My Profile Not a member? Sign up. Log Out