Pochette-Nouvelle-Vague-format-736

Ce qui saute d’abord aux tympans à l’écoute de Nouvelle Vague est sans nul doute l’immense talent d’Emile Parisien. S’il en était encore besoin, le soprano continue d’imposer sa silhouette dans le paysage actuel du jazz. L’album s’ouvre sur les élucubrations mélodiques de clochard céleste du saxophoniste, quelque part entre Coltrane et les atmosphères aériennes de Jan Garbarek. Ce dernier hante d’ailleurs Nouvelle Vague dans certains choix sonores aussi bien que dans une ambiance qui emprunte beaucoup à l’esprit d’ECM, dont le quartet conserve le meilleur : le perfectionnisme de la section, la sobriété harmonique (quoique….) et le soin porté aux mélodies. Le tout permet d’appliquer à la lettre la devise de Stéphane Kerecki : la liberté.

Le saxophone ne doit pas masquer que c’est tout le band qui se balade sans entrave dans ces reprises des bandes originales de Truffaut, Godard, Demy et Louis Malle. Liberté qui les pousse sans vergogne à reprendre Miles sur le générique de L’Ascenseur pour l’échafaud. On les en remercie. Kerecki est un bassiste discret mais irréprochable, capable de coups d’éclat sidérants : la reprise du générique des Quatre cents coups en est un parmi d’autres. L’épure de son jeu rappelle les bonnes heures de Dave Holland et donne une épaisseur bluffante au piano de Taylor (le plus vieux, le moins sage du groupe) comme au soprano. Par moment, j’ai voulu crier au génie.

Et pourquoi pas après tout ? On pourra mesurer l’enthousiasme en notant la longueur de l’album, qui épuise rapidement la surprise des débuts. Ou souligner le formalisme par moment emprunté des références comme de l’atmosphère. Ce serait franchement pisser dans la soupe. Et la voix spectrale et puissante de Jeanne Added nous interdit par deux fois une telle audace ; tout comme l’évidence du projet qui s’impose à la fin de l’écoute. Car pour être honnête, la trogne sceptique et amusée de Bebel sur la pochette exprime plutôt bien le sentiment que je me faisais du projet de Nouvelle Vague. Mais au bout de cette heure d’un jazz exquis, je me demande encore pourquoi personne n’avait pensé à reprendre ces bandes-originales plus tôt…

Donc oui, je ne m’empêcherai plus de crier avec ce disque, en imaginant Jeanne Added vendre avec Jean Seberg le New York Herald Tribune sur les Champs et me susurrer son envoûtant « Jamais je ne t’ai dit que je t’aimerais toujours » à l’oreille tout l’été. La liberté de cette Nouvelle Vague m’a pris dans sa houle… et qu’est-ce que c’est bon !

Pierre Tenne

 

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