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Sous des échappées pianistiques ruisselantes de clarté, de langueur et de fragilité, la rythmique s'affaisse pour mieux tapisser le lyrisme. Nous sommes à Turin en Italie, loin de la grosse pomme où, des années plus tôt, Alec Wilder légua aux jazzeux son flot de standards iconiques. Sinatra, Tony Bennett, Peggy Lee... A mi-parcours du XXème siècle, ils furent nombreux à s'être plongés dans ce répertoire populaire où le classique s'armait de swing. Puis vint le grand Keith Jarrett, et ses réappropriations de titres comme « While We're Young », « Blackberry Winter », « Moon and Sand »... Poussée dans ce qui paraissait être ses derniers retranchements mélodiques, la musique de Wilder aurait alors pu lâcher son dernier soubresaut de malléabilité si, de ce côté de l'Atlantique, un certain Stefano Battaglia n'avait pris à cœur de lui redonner un brin de pep's.

Entendons par pep's, non pas du groove mais plutôt l'impression de chaleur sèche rendue par le souffle du foehn arpentant les Alpes. La sensation d'une beauté aride, désolée, que l'on retrouve dans le jeu du pianiste autant que dans celui de ses deux acolytes Salvatore Maiore (contrebasse) et Roberto Dani (batterie), s'attelant à sublimer avec une grande retenue chaque accord plaqué sur le piano ; l'un par des murmures de basse profonds et hypnotiques, le second par l'usage dispersé et évasif des mains, mailloches et ballets sur les toms. Un sang neuf est injecté à l'oeuvre de Wilder, non sans dévoyer l'immense travail d'écriture de ce dernier. Un hommage qui garde en mémoire les sillons creusés par Jarrett, mais sait néanmoins s'en distancer. C'est-là le grand art des orfèvres italiens conservant sans cesse un œil alerte sur la mélodie au grand dam du rythme : nourrir le jazz de poésie.

Alexandre Lemaire

Stefano Battaglia Trio, In the Morning. Music of Alex Wildec, ECM/Universal, 2015

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