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On attendait avec impatience le troisième album du jeune pianiste israélien. L’attente ne fut pas vaine. Shai Maestro signe là son album le plus personnel. Il ne marche désormais plus dans les pas de celui que l’on a longtemps désigné comme son maître, et se révèle au grand jour. Le trio nous entraîne dans son monde, alternant les compositions vivaces et passionnées  et les ballades fantômatiques.

Huit titres, 45 minutes de voyage, entre rêve et réalité, entre ciel et terre. Car c’est bien  d’oppositions, de confrontations dont il s’agit. Certaines compositions sont explosives, comme "Painting" et sa rythmique incessante à la batterie, contrastée par les phrases angéliques d’un piano doux et aigu. Quand entre le thème, doublé à l’octave, en un enchaînement d’intervalles faussement faciles, l’instant est si grave qu’on en a la gorge nouée. La terre tremble. "Elusive", enregitré en live, donne aussi cette impression d’entre-deux-mondes. Une introduction piano solo nous plonge d’abord en pleine incertitude, en pleine errance. Les toms irréguliers de Ziv Ravitz viennent s’opposer aux croches du piano. Jorge Roeder entre à son tour, et le trio amorce une montée crescendo vers le céleste. L’orage gronde. Cet album est bel et bien hanté - par un sentiment quasi religieux. Il est aussi plus dur que les précédents, mais d’une sincérité incroyable. L’accent n’est pas mis sur la virtuosité technique déjà prouvée du trio, mais sur une recherche sonore, atmosphérique, explorant le monde sensoriel, de la paix à l’angoisse. Un questionnement sur la vie.

Tiraillés entre impros vivaces et lents vertiges, entre mélodies ennivrantes et dissonances, entre nostalgie enfantine et inquiètude du monde moderne - cet album semble intimement ancré dans l’actualité - le trio nous réunit sur une chose : le rêve. On comprend le choix du visuel de l’album, photomontage surréaliste de Maggie Taylor, artiste américaine déjà à l’origine des trois corps enterrés par la tête de The Road to Ithaca.

Shai Maestro ouvre grand la porte de son coeur et nous donne un peu plus encore à voir et à comprendre sur ce trio aussi complice sur scène que dans la vie. Ces Untold Stories, ces histoires qui ont été tues, sont peut-être autant de rêves et de tumultes qui leur appartiennent, qui les définissent. Au delà de la représentation, n’est-ce pas même l’idée d’autoportrait par la musique qui est questionnée ici ?

Juliette Poitrenaud

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