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Tout de même curieux les modes. Il n'y a pas si longtemps, tout le monde parlait de fusion. Fusion par-ci, fusion par-là. Maintenant que tout le monde pioche à droite dans telle culture, à gauche dans telle tradition et au Modem dans telle histoire, on en parle de moins en moins. Curieux ; mais dans le cas de la fusion – le mot ne voulant en somme rien dire – ce n'est peut-être pas si mal.

Polymorphie est un groupe de six musiciens menés par le saxophoniste Romain Dugelay, qui évolue dans la sphère Grolektif. Cellule est leur second album (après Voix) et s'adonne à la fusion en chimistes impénitents. D'abord en donnant une chair musicale à des textes variés, quoiqu'un sur deux soit de ce dandy pédéraste d'Oscar Wilde – l'appellation de pédéraste se veut ici un hommage à Nadine Morano. Cet intérêt des musiciens pour la littérature a si souvent tourné au pire plutôt qu'au meilleur, que le pari n'en est ici que plus réussi, notamment par un choix qu'on sent très personnel et sensible de ces textes consacrés à l'incarcération. Entre deux œuvres d'Oscar Wilde, pulsation de l'album, se distingue le témoignage de Xavier, détenu anonyme à qui Polymorphie confère une solennité pénétrante par l'orchestration et le parlé-chanté très maîtrisé de Marine Pellegrini.

Polymorphie est un groupe de six musiciens érudits et gentle(wo)men, menés par Romain Dugelay le compositeur. Dans leur second album, Cellule, ils s'adonnent à la fusion impénitente en chimistes en faisant intervenir un jeu qui reste très imprégné d'improvisation et de jazz, mais qu'ils mêlent à des couleurs très électros et un goût du binaire souligné par les riffs noisy de Damien Cluzel (guitare baryton) et la batterie énervée et innervée de Léo Dumont. L'écriture de Dugelay explorent ces couleurs, ce terrain de jeu avec un souci de cohérence plus que palpable dans l'enchaînement des titres (des chansons?), qui donne une identité forte à l'album tout en laissant libre cours à l'expression personnelle et collective des artistes.

Polymorphie est un groupe de six musiciens, qui nous offre un second album très emballant, qui fait la démonstration trop rare que les rencontres entre le jazz et le « post-rock » (c'est l'expression du groupe ; à vue de nez un peu de rock, des miettes d'électro-house-trance, un soupçon de spoken word inspiré du slam et du rap, saupoudré d'un groove un peu soul-funk : tout, ma foi) peuvent accoucher d'une musique intéressante. Vraiment intéressante. Et on oublie dès lors les quelques tics qui égrènent l'album de leur formalisme compassé et font craindre une certaine lassitude à l'écoute pour qui ne serait pas à l'origine intéressé. Affaire de mode ? Je ne crois pas. Polymorphie, c'est de la balle, et les balles sont de tout temps et pour tous mœurs.

Pierre Tenne

Polymorphie, Cellule, Autre Distribution & Grolektif, sortie le 16 octobre 2015

Voir aussi la chronique du premier album de Polymorphie, Voix