ECM-2411
ECM-2411

Pi. Fa. Ré. Ly. Pifarély. Ça ressemble à un nom de brigand corse dans un vieux roman, genre Dumas ou Léo Malet. Pifarély ! Pi. Fa. Ré. Ly. Lumière de ma vie, feu de mes reins ! Ah non, je m'égare...

Pis, je m'oublie. Parlons de Time Before and Time After, que le violoniste eut pu synthétiser en passé et futur, mais ç'aurait été moins poétique. Dom' Pif' – moins évocateur, mais plus nerveux – propose un disque incongru lorsqu'on contemple la production discographique des musiques improvisées habituelles. N.B. : « musiques improvisées » dans la mesure où il ne s'agit pas de jazz ici, malgré quelques tentations, malgré la reprise de « My Foolish Heart », seul titre qui ne soit pas totalement improvisé, malgré qu'après tout on s'en fout un peu.

Fat, donc, je dis ce disque incongru. Le solo de violon, une heure et plus ; c'est rare. Puis casse-gueule. Surtout que live... La seule mélodie du violon... Rien quoi ! Mais pour les musiciens talentueux, l'espace du silence est souvent celui de la liberté, conquise ici dans l'abstraction et la spontanéité selon les ambitions du violoniste à la si scintillante carrière. Time Before and Time After s'éprend d'une solennité orchestrale que Pifarély scrute dans les moindres recoins de l'évidence mélodique par ses improvisations labourées de travail et d'intelligence.

Réduite à cela, une ligne mélodique comme un fil d'archal étiré à l'infini, un rythme à la ductilité malléable, la musique montre qu'elle n'a que faire de l'harmonie. Dans les mots du violoneux : « Bach nous a appris il y a bien longtemps que nous n'avions pas besoin [de l'harmonie] ». Historien de sa propre spontanéité, Dominique Pifarély investit alors au long de sa suite orchestrale différentes grammaires et références au sein desquelles il ébauche les tableaux d'une exposition intimiste de haute tenue. Expressionniste, quasi spectral sur « D'une main distraite », lyrique puis virtuose (et vice-versa) sur « l'Air soudain », minimaliste et ostinatant sur « Gegenlicht », crescendo hallucinant vers la polyphonie...

Lie du critique : mal dire, mal faire entendre, mal écouter, comprendre... Je m'en voudrais trop si je laissais penser qu'il y avait dans TimeBefore and Time After quoi que ce soit d'abscons et conceptuel. Bon, les ultras de bop ne seront pas emballés, certes. Mais non, non, non ! Pifarély a surtout bien de l'audace dans son havresac de musicien savant et aventurier ; tout comme ECM prouve une nouvelle fois sa capacité épisodique à soutenir des projets hors-normes et courageux ; dont un solo de violon – insistons - figure ma foi assez bien une solide paire de couilles accrochée au cul de l'industrie musicale par ces temps troublés. Tant mieux pour nous, le violoniste a sorti l'un de ses meilleurs albums depuis longtemps, dans une discographie qui n'en manquait pas. Premier solo, chaque titre parrainé par une citation poétique : vivant time now d'esthète et de sage par maître Pifarély.

Pi. Fa. Ré. Ly. Pifarély ! J'en retrouve mon âme d'enfant. Et merde, c'est la rentrée…

Pierre Tenne

Dominique Pifarély, Time Before and Time After, ECM/Universal, sortie française le 28 août 2015

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