Avec Essais vol. 1, Pierre de Bethmann marque le début d'un nouveau cycle. Après le projet "Ilium" qui nous présentait dans des géométries variables les même thèmes inlassablement retravaillés, l'heure est à la respiration pour le pianiste parisien. Accompagné de Sylvain Romano à la contrebasse et de Tony Rabeson à la batterie, il revisite aussi bien Fauré, Tony Murena, que Gainsbourg en passant par Donald Meyer.

Loin d'un album de reprises édulcorées, De Bethmann découpe, colorie, puis s'amuse en toute élégance. Bien souvent, agilité et intimité coexistent main dans la main. Des couleurs improbables se mêlent dans des courbes mélodiques denses gérées en toute intelligence par la rythmique. Cette dernière ne se contente pas de canaliser la folle arborescence du maestro, mais sait se rendre créative en proposant des relances pleines de sens. Le dialogue des trois musiciens se fait au grès des nombreux climats de l'album, qui recèle beaucoup d'oeufs de Colomb harmoniques et formelles.

Mais que peut bien rendre une musique pleine de sérénité enregistré au pied des Cévennes face aux vapeurs d'alcools de la rue des Lombards ?

Au Sunside pour la sortie de disque, le groupe nous accueillent de façon surprenante avec un inédit : "Thelonius" de Monk. Les introductions en piano solo laissent place à des développements en trio tranchants. Peu à peu, on découvre un aspect plus sauvage du groupe, fondé sur un instinct exacerbé parfois très proche de la télépathie. Si le kaleïdoscopique "Beautiful love" nous rappelle en filigrane le disque, le solo de De Bethmann sur un méconnaissable "All the things you are" embrasa et enthousiasma l'audience ! On y retrouve la spontanéité de gamins jouant dans leur garage et le raffinement de musiciens que l'on ne présente plus.

Pour conclure, rien de mieux que le morceau "Indifférence" de Tony Murena pour repartir le coeur léger mais les lèvres brûlantes d'une question bien légitime : à quand le Volume 2 ?

Thomas Beuf

Pierre de Bethmann Trio,

Essais Vol. 1,

Aléa, 2015