Whahay  

 

 

Gunther Scheller, qui avait oublié d’être idiot, a dit un jour de Mingus qu’il était sans doute possible l’un des plus importants compositeurs américains du XXe siècle. Voilà qui expliquerait pourquoi l’œuvre du bassiste inspire dernièrement tant de reprises (voir Cuernavaca, le 3ème hommage de Jacques Vidal à Mingus !). Mais pour Paul Rogers, briscard britannique du free, il convient de tout faire à l’envers : Mingus aurait apprécié.

All music improvised from and towards compositions of Charles Mingus”, nous dit Rogers. Ah hum? Qu’est-ce-à-dire? Tout simplement que le trio cisèle dans ce palais des mille glaces qu’est l’œuvre de Mingus un noyau de neuf compositions qu’ils n’entreprennent qu’épisodiquement par le biais conventionnel de l’arrangement. Paul Rogers se lance dans la terra toujours incognita des liens complexes entre impro et écriture pour en revenir avec une expérience rarement entendue. Les mélodies sont le canevas omnipotent d’improvisations qui les retrouvent toujours au gré d’errances jouissives (« Ecclusiastics »), quand elles n’en partent pas pour mieux paraître les oublier (« Better Git It In Your Soul »).

Rogers et son trio se font explorateurs, conquistadors de ces insaisissables Tijuana Moods (non repris) ou du déconcertant Oh yeah (« Ecclusiastics »). Leur musique souvent atonale n’a à la première écoute rien à voir avec les circonvolutions mingussiennes, mais leur obsession improvisée pour ces œuvres ouvre grands les placards du bassiste pour en sortir des fulgurances, radicales et séduisantes : le groove de Better Git In Your Soul se mue en une ritournelle décharnée ânonnée par le ténor de Robin Fincker, à mille lieux de Booker Ervin mais terriblement convaincant ; le solo de Rogers sur « Jump Monk », le goût dandy des bridges dissonants et arythmiques, la cymbale de Fabien Duscombs…

Hors ces compositions, l’album sonne à l’opposé de la musique de Mingus. La formation en trio déjà, que le bassiste n’avait jamais véritablement adoptée (l’exception Mingus Three étant sans doute plus l’œuvre d’Hampton Hawes). Et pourtant… Pourtant l’esprit est là, dans cette onomatopée du titre que ne renierait pas la discographie du compositeur ; dans la pulsion libertaire de révolutionner des compositions déjà entendues, la passion du sideway. De Mingus, vers Mingus : le trio de Paul Rogers offrent un voyage dont l’audace pourra déplaire autant que fasciner. Et Charles de s’écrier : tant mieux !

Pierre Tenne

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