Olivier Zanot, David Prez, Sandro Zerafa, Romain Pilon, Yoni Zelnick et Karl Jannuska forment le Paris Jazz underground. Le collectif des six musiciens vient de sortir son premier album, un neuf titres assez troublant. A la première écoute du disque, nous découvrons des compositions ingénieuses, des thèmes très travaillés et bien répartis entre les quatres solistes -deux saxophones et deux guitares-, et surtout des musiciens raffinés au jeu fluide et maîtrisé. La seconde chose à noter est l'éclectisme des compositions originales, sautant d'un style à l'autre tout en conservant leur essence dans l'interprétation à la fois personnelle et be-bop au sens plus classique du terme. Nous rentrons dans l'univers des musiciens avec “Moon Woman”, une composition qui tire vers une sorte d'électro minimaliste puis nous passons par des fusions un peu latines, funk, une balade et des titres plus modernes comme “Pollock”, où le placement rythmique saccadé fait peut-être référence au "dripping" du célèbre peintre homonyme. Il est donc établi que cet album essaye de nous faire nager dans différents courants, à travers la pluralité des styles et des idées émises. Bien que j'applaudisse l'écriture des grands musiciens de ce collectif, ils semblent manquer d'une pointe de folie ou une certaine touche d'engagement qui appuierait le terme "underground". Il est regrettable qu'en cette ère où l'art s'asceptise, cette époque où seul le bouillonnement houleux des mouvements "underground" peut nous extirper du joug immuable de la musique commerciale et de son réseau visqueux, les mouvements auto-proclamés "underground" ne soient pas plus libérateurs, viscéraux voire cathartiques. Cet album me paraît rester dans la demi-mesure ; les compositions touchent des styles modernes et jeunes mais n'y plongent jamais, la discussion contrôlée entre les solistes s'enflamme mais n'explose pas, l'énergie turbine, pousse vers le haut puis replonge toujours avant la tempête. Le résultat nous laisse sur notre faim et l'on peut déplorer qu'avec tant de talent, au sein de morceaux entraînants et bien menés, s'extasie plus la technique et les artifices be-bop plaqués sur une musique fraîche, que l'espoir qui réside dans l'explosion énergique de six musiciens sulfureux, criant depuis les sous-sols. Ce disque est un recueil de belles compositions, bien maîtrisées et bien interprétées, mais un contresens s'il est censé représenter la musique que l'on rencontre en trébuchant sur les racines des gires non-battus. La créativité à l'oeuvre ici est confinée dans l'intellectualité bien connue du jazz, et dont - à mon sens- il faut essayer de sortir.   

Benoit Larrieu

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