Discrete Time porterait-il mal son nom ? Loin d'être vraiment discret, cet album propose une synthèse intéressante entre jazz, tango et électronique. Dans la musique contemporaine, on dirait que le bandonéon n'a plus guère son mot à dire. Mais ce n'est pas au goût de Juanjo Mosalini, bandonéoniste argentin de renom qui redonne ses lettres de noblesse au pauvre instrument pour ainsi dire tombé en désuétude, ce, tant dans les formations de chambre ou les prestigieux orchestres dont il est le soliste que dans ses duos ou ses concerts solos. Or entamer un projet avec Olivier Sens, n'est-ce pas offrir au bandonéon une nouvelle voix, le projeter joyeusement dans une ère atypique voire futuriste ?... L'enjeu est de taille. Le résultat à la hauteur. Pour les esprits avides de nouveauté, Discrete Time offre un mariage parfait entre tradition et modernité, musique de chambre et tango argentin, jazz et musiques électroniques. D'autant plus que cet album ne s'apparente en rien à ce qui existe dans le genre « voyage dans le temps », à mon humble connaissance bien sûr. Ce n'est point un de ses projets résolument électroniques, pas plus qu'un album purement électroacoustique. Voici pour son originalité. Il faut dire qu'avec Olivier Sens à la composition, Discrete Time ne pouvait qu'offrir un son électronique innovant et inventif. N'oublions pas que notre homme, qui a appris la contrebasse avec Dave Holland, Palle Danielson et Bernard Cazauran, s'est rapidement tourné vers la musique électronique, au point de développer « Usine » un logiciel interactif original pour lequel il a reçu de nombreux prix internationaux.

 

Discrete Time, c'est en définitive un électroambiant rare et sensible dispensant une rythmique singulière, entre tempos répétitifs, crescendo et decrescendo fidèles aux plus vieux tangos argentins. « Rayado » en est l'exemple parfait, qui réitère ses phrases à l'infini dans une longue accélération à l'amplification graduelle. Notons encore que cet album, c'est un rythme ou plutôt une respiration singulière à l'échelle globale, les morceaux étant entrecoupés par huit « pause[s] » qui offrent à l'auditeur de courtes transitions déréglant son travail de lecteur mais le guidant vers une écoute spécifique et un certain type de récit. Car ces pauses, dispensent, pareil aux sous-titres d'un film muet, des grilles de lectures conductrices d'atmosphères et de fils narratifs étirant la corde de l'improvisation. Avec Olivier Sens et Juanjo Mosalini, les nuages sont bas dans le ciel. Mais quoique l'album navigue entre mélancolie et une certaine morosité ambiante (fidèlement en cela à l'esprit du tango), les terres électroniques qu'ils parcourent ont été correctement défrichées. Un univers hybride, original et très subtil qu'il faudra écouter attentivement pour entendre -comprendre?- les possibles du jazz contemporain à venir.

Agathe Boschel 

 

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