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Voilà un tribute album qui ne flanche pas sous la tradition ! Certains pourraient dire qu'il est de toute manière inenvisageable de se rapproprier les Doors dans le même langage, la même esthétique. Dieux sait qu'on ne peut leur donner tord. Mais alors là, quel dépaysement musical ! De l'univers langoureusement allumé et provoc' de Morrison et sa bande, on tend ici vers quelque chose oscillant davantage entre le hard rock et le jazz fusion. Curieux mélange me direz-vous ? Non, car la formule adoptée par le trompettiste Luca Aquino, près d'un demi-siècle après la disparition du maître à penser chamanique, redonne un certain aplomb jazzistique à la musique de ce dernier. De la modernité affirmée, mais qui en aucun cas ne dévoie la mémoire du groupe culte, rassurez-vous !

Si certains titres comme « Blue Sunday » et « Hyacinth House » sont éminemment comparables aux originaux, d'autres comme « Peace Frog », « Waiting For The Sun » ou encore « Light My Fire » donnent dans un rock énervé, pour ne pas dire déchaîné. Prenons un exemple. « Queens Of The Highway » nous met la claque. Celle à laquelle on ne s'attend pas, mais alors pas du tout : intro au son de trompette feutré, une voix féminine délicieuse (celle de la chanteuse italienne Petra Magoni)... Promesse d'un titre jazz ? (Car n'oublions pas que, s'il est un son des Doors s'approchant de qu'on peut appeler le jazz, c'est bien celui-là.) Et bien non. « Queens Of The Highway » sera du punk. Pas du punk à volonté inesthétique et revendicative. Plutôt des envolées énervées au tempo stéroïdien qui d'un coup se posent, puis repartent. Et le titre s'alterne de la sorte : ça s'accélère, ça ralentit... On est loin des Doors mais l'hommage affirme la personnalité du groupe. Qu'il est osé de ne pas se soustraire à la reprise simpliste d'une musique dont on pouvait penser que les ressources étaient épuisées !

Mais abordons un instant les quelques moments d'accalmie de l'album. Ceux-ci nous rappellent bien heureusement que l'on n'est pas devenus critiques de jazz pour des prunes (du rock, voulais-je dire) ! De la beauté ouatée, et le terme est faible ! Le duo Aquino/Jasevoli (à la guitare acoustique) sur « Yes, The River Knows » est tout bonnement somptueux. Lyrique à souhait, du jazz qu'on ne se lasserait jamais d'écouter. Le titre est d'ailleurs parfaitement bien situé au sein du disque puisqu'il ralentit la cadence avant le très tourmenté « Riders On the Storm ». Trompette plaintive, voix grave, lointaine. Côté chant c'est donc le célèbre Rodophe Burger qui se colle à l'affaire. On se rappelle de son album tribute aux Velvet Underground en 2012, excellemment personnel. Alors de Lou Reed à Morrison, l'homme poursuit cette réappropriation de la poésie maudite des 60's, en prenant bien soin d'y apporter une plume très rocailleuse. Délicieux, atypique... Peut-être un peu trop court à l'écoute du chef d'oeuvre d'origine. Mais ne jetons pas la pierre à ces musiciens qui, plus que bien d'autres, peuvent se targuer d'exprimer un lyrisme moderne ne dépravant ô grand jamais la tradition.

« Celui qui se transforme en bête se délivre de la souffrance d'être un homme »  - Terry Gilliam

Je ne parle généralement peu des pochettes de disques. Je ferai, ici, exception. Un gorille à l'ombre humaine entre dans une cage... L'idée emmène à reconsidérer la nature profonde de l'homme et ses limites. Après tout, ne voyons-nous pas en cet album un dépassement des frontières de la pensée humaine, fil sur lequel Morrison aimait à basculer ? A méditer.

Luca Aquino, OverDOORS, Bonsaï Music, 2015

Alexandre Lemaire

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