De son premier contact avec l’orchestre de Cab Calloway dans les années 50, jusqu’à son inhumation en début d’année à Chalons-en-Champagne, le jazz n’aura jamais cessé de rythmer les pas de Cabu… Aujourd’hui, la collection BDJAZZ rend hommage au caricaturiste disparu dans les attentats de Charlie Hebdo, en publiant quarante de ses portraits de jazzmen, auxquels se joint une compilation des morceaux illustrant au mieux la contagion du groove.

Si ses contributions à Hara-Kiri, Charlie Hebdo et au Canard Enchaîné ont très largement suffit à témoigner de son engagement pour la liberté (version plutôt très à gauche), Cabu tira certainement du jazz une autre forme de liberté, toute aussi acérée. Pour autant, lorsqu’il s’agissait d’évoquer ses goûts musicaux, lui-même ne pouvait se dérober au désir de choquer : « pas celui des cochons qu’on égorge », en référence au free qu’il tenait en horreur, mais bien le swing « qui donne envie de danser ». Ainsi, suivant sa première confrontation avec l’orchestre de Calloway au milieu des années 1950, le jazz gagna son coeur au point de le voir écumer toute sa vie les clubs, festivals et concerts, un carnet de croquis à la main, à la recherche du swing le plus fumant qui soit.

Exécrant Johnny, acclamant Trénet, ce « fou du jazz » comme on aime à l’appeler, affirma son inextinguible passion jusqu’à même devenir un expert du genre. Il consacra au jazz plusieurs ouvrages, préfaça un livre sur les 60 ans du caveau de la huchette, illustra plusieurs albums et coffrets de jazz, et devint également chroniqueur radio à TSF Jazz aux côtés de Laure Albernhe. Mieux encore, cet engouement le conduisit à rencontrer les plus grands maestro du swing orchestral, jazz vocal, blues, cool comme bop, et d’en esquisser des portraits à l’énergie contagieuse : Slim et Slam survoltés, Django Reinhardt jouant dans une roulotte, Chet Baker soufflant dans sa trompette devant une gente féminine hâtive de l’entendre chanter…

Autant de figures reconnaissables entre mille par leurs mimiques, et qui s’arborent aujourd’hui sur un bel ouvrage sonore pour lequel les amis de Cabu, Christian Bonnet, Philippe Baudoin, Jean Buzelin, Pierre Carlu, Claude Carrière, Irakli de Dawrichewy, Daniel Nevers, Alain Tercinet et Fabrice Zammarchi, ont collaboré. Au-delà de la vision personnelle que l’on peut tirer des dessins de Cabu, c’est un véritable imaginaire du jazz, presque « mainstream », qui s’offre à nos yeux et oreilles, s’ouvrant sur l’hymne mortuaire « New Orleans Function » de Satchmo, pour se finir sur l’ardente reprise par Sylvia Howard and the Black Label Swingtet du célèbre « If Don’t Mean a Thing » de Duke Ellington. Un must !

ALexandre Lemaire

Le Jazz de Cabu, BD Music Editions, collection BD Jazz, sortie le 13 novembre 2015