Kurt_Elling_Passion_World_CJA_36841_02_RGB

Un beau jour, dépourvu de toute idée, Kurt contempla sa carrière et le monde actuel du jazz. Sa carrière, il pouvait en être content : des échappées à la Jon Hendricks assez rares pour le jazz vocal masculin, des titres enlevés, une pincée d'humour et de surréalisme pour faire de son œuvre un univers singulier. Tout bien quoi ! Mais n'ayant plus d'idées, il se dit sans doute et soudain qu'il allait faire de l'argent ; et contemplant d'un œil sagace la production actuelle, il comprit bien vite vers où aller. Ce fut Passion World.

Passion World, ou la musique mondialisée qui s'est crue mondialiste, internationaliste, humaniste. On prend donc certains des titres les plus identifiés à une nation, on fait semblant de les arranger, et on les mêle dans un pot-pourri sans saveur. Voyez plutôt : « La vie en rose » pour la France (si si...), « Si te contara » pour Cuba, « Loch Tay Boat Song » pour l'Ecosse... On imagine que le chanteur voulait inviter au voyage ; c'est hélas en opérateur touristique qu'il nous convie autour du monde, bob Ricard sur la tête, face cramoisie, Kodak autour du cou et combiné chaussettes/claquettes aux pieds... Plongée dans le connu, pour trouver du ressassé ?

La seule unité qu'on trouvera à cet album – dont l' « éclectisme » réside aussi dans des invitations chamarrées : Richard Galliano, Arturo Sandoval, Sara Gazarek, etc. - se trouve dans les arrangements, que poliment je décrierai éculés. En panne d'idées toujours, Kurt a sorti les violons sans lésiner tout en se laissant aller au dégueulando sans sourciller. Pas une hésitation lorsqu'il s'attaque au magnifique « Who is It » de Bjork, pour faire une sorte de minestrone indigeste où sa voix même se perd.

La critique est facile – et on l’interrompra donc hâtivement - à l'écoute d'une musique de « sans » (sans identité, sans but, sans nécessité) dont le seul « avec » est sa nature exclusivement commerciale, révélant une énième fois à quel point on nous vend musicalement le monde pour mieux nous vendre de la m... Rien qui n'enlève au talent singulier de Kurt Elling son authenticité, qui on l'espère oubliera bien vite cet album pour retrouver la fraîcheur téméraire de Man in the Air.

Kurt Elling, Passion World, Concord/Universal, 2015

Pierre Tenne

Member Login
Welcome, (First Name)!

Forgot? Show
Log In
Enter Member Area
My Profile Not a member? Sign up. Log Out