Pour son premier disque en leader sur le label Fresh Sound, le jeune contrebassiste Joachim Govin n’y va pas par quatre chemins. Elements  est un disque de jazz moderne à la fois subtil et efficace qui exploite la formule du quartet Alto/Piano/Contrebasse/Batterie. Aux mauvaises langues qui se plaindraient d’un manque d’originalité, nous répondrons que là n’est pas la question et que l’on aurait tort de chipoter devant une musique aussi belle et bien interprétée.

La musique est le fruit de la collaboration entre plusieurs figures montantes du jazz contemporain. Outre Joachim Govin à la contrebasse, nous avons Gautier Guarrigue à la batterie (décidément omniprésent sur la scène jazz parisienne), Tony Tixier au piano, et en guise d’invité spécial, le génial Ben Van Gelder au saxophone. Pour ceux qui ne connaîtraient pas (encore) Ben Van Gelder, disons juste que ce jeune musicien originaire des Pays-Bas est actuellement considéré comme l’un des saxophonistes les plus prometteurs à New-York. Il joue notamment aux côtés de pointures tels que Aaron Parks ou Colin Stranahan.

Le répertoire de l’album oscille entre compositions originales et reprises de morceaux de grands compositeurs jazz tels que Duke Pearson ou John Coltrane. Là encore, on a le droit à quelques bonnes surprises, comme par exemple le thème « Expression » de Coltrane qui revient deux fois dans l’album, apportant quelques pauses méditatives tout à fait bienvenues. Deux morceaux se démarquent dans ce « track listening » des plus variés : la ballade « Eras so Começo nosso Fim » de Yuri Popoff, mais surtout « Our Life Together », composition de Logan Richardson, altiste américain expatrié à Paris, que l’on a pu entendre plusieurs fois au Bab-Ilo au côté de Joachim Govin l’année dernière (un magnifique « Cherokee » sur le Soundcloud du contrebassiste en témoigne). A part cela, même si Govin ramène plusieurs morceaux de sa plume, il laisse également ses compagnons proposer des thèmes, ce qui est tout à son honneur.

Cependant, malgré la diversité des morceaux, le disque possède un son plutôt homogène. Car il ne s’agit pas là d’un disque de compositeur : l’improvisation prime, et les morceaux ont parfois l’air d’être des prétextes au jeu et à la construction du groove et du son collectif. Les musiciens donnent vraiment l’impression de s’amuser et d’être à fond, et c’est la force de ce disque. La grande spontanéité de ce « Elements » semble parfois renouer avec la tradition des sessions du Jazz des années 50, où les musiciens répétaient peu et faisaient un certain nombre de choix artistiques sur place, en studio, ce qui explique la fraîcheur des disques de cette période-là. C’est cette fraîcheur que l’on retrouve sur « Elements ». Et cela fait du bien, à une époque où pour avoir la chance de voir son disque sortir, il faut une « image », un « univers », un « projet » ou un « concept ». C’est ce qui fait de ce disque une œuvre élégante, attachante et sans prétention. Joachim Govin est un musicien de jazz, il ne fait pas de « projets »: il fait de la musique.

Martin Cazals

Joachim Govin, Elements, FreshSound, 2015

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