Shades and Tones final cover

Les frères Heath s’en sont vite rendu compte: Jeb Patton est un pianiste comme on en voit peu. Élève de Jimmy Heath devenu professeur à son tour, il explose de virtuosité, de nuance, et par son érudition et sa sensibilité, il s'est fait une réputation sur la scène jazz internationale en tant que compositeur et arrangeur. Sur Shades and Tones, 3ème opus personnel du pianiste, il semblerait que toutes ces qualités soient réunies.

Y'a pas à dire, Patton sait s'accompagner. Ses solos sont riches mais toujours calqués sur la mélodie et le rythme du morceau. Ses mains, comme habitées toutes deux d'une force musicale propre, défilent sur le clavier à un tempo effréné, mais avec une subtilité et une imprévisibilité folles. Outre son jeu expressif, Patton s’affirme également en tant que compositeur avec des titres très équilibrés, assez classiques, comme « Holy Land » ou « Juicy Lucy », et d’autres plus audacieux comme « Hidden Horizons » ou « Cool Eyes ».

On ne saurait pas non plus manquer d’éloges pour ses musiciens : entre autres, Michael Rodriguez à la trompette et au flügelhorn, David Wong à la basse, Lewis Nash et le grand Tootie Heath à la batterie sur des titres différents. Tous maintiennent une cohésion dans l'exécution des morceaux qui rend aux compositions leurs accents et leurs forces. Bien que Patton demeure la voix principale de l'album, les membres du groupe ne manquent pas de briller par leurs solos respectifs.

Le titre, Shades and Tones, annonce un album aux teintes nuancées. En effet, on entend du swing, du jazz modal, et ici et là des touches de bossa nova, tant et si bien qu'à la fin du disque, il est difficile d'avoir du style de Patton une idée très précise. Il reste très scolaire dans son jeu, immaculé, sans taches ni énervements, mais maintient une subtilité harmonique qui accompagne avec brio l'auditeur du début à la fin de l'enregistrement, comme un fil d’Ariane.

Shades and Tones est un bel album, un grand hommage à l'âge d'or du jazz, aux grands solistes des années 1960, à Peterson et compagnie. Jeb Patton déballe une palette de couleurs et de nuances dans un style qui tombe malheureusement en désuétude avec le temps. Musicalement, on est servi, l’exécution et les arrangements sont parfaits. Si parfaits en fait qu’ils manquent de fraîcheur, de cœur, de personnalité: ces choses qui font d’un simple motif une onde de couleur.

Paul Le Gloan

Member Login
Welcome, (First Name)!

Forgot? Show
Log In
Enter Member Area
My Profile Not a member? Sign up. Log Out