« Le poète est, comme le père des Muses, éternellement jeune, et, ce que les autres hommes ne sont qu'une fois, amoureux tout le jour et pendant toute sa vie. » - Johann Paul Friedrich Richter
Parce qu’Ibrahim Maalouf ne cesse d’être amoureux. Amour du jazz, des traditions et du modernisme… La femme est aujourd’hui sa muse, son ode.
Prolifique sans jamais dévoyer son héritage lyrique, le trompettiste jette ici un regard double sur l’histoire du sexe opposé. Histoire de ces dames qui jadis prirent l’envol d’une affirmation plus nette de leur personnalité et à qui l’on prête aujourd’hui grandeur et respect. Histoire de ces divas qui, de Oum Kalthoum à Beyoncé, ne cessent de nous subjuguer. Si « la femme est la poésie, l’homme la prose » (Alphonse Toussenel), c’est bien parce qu’ensorcelante, elle est capable de suggérer aux artistes les entreprises les plus folles. Mais la prose de Maalouf n’a pas changé et reste un moteur de montées émotionnelles. Virtuose, théâtral… Si tant est qu’il y ait du groove, celui-ci ne vient pas des tripes mais bien d’une étude passionnée de la musique par ses voies les plus intellectuelles et éclectiques (classique, jazz, hip-hop, rock, pop, opéra…).
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Kalthoum se plonge une heure durant dans un mythe musical bien connu du peuple arabe : Les Mille et une Nuits. Non pas ce fabuleux recueil de contes arpentant par la mise en abyme l’histoire de la princesse Shéhérazade, mais plutôt sa relecture en 1969 par celle que beaucoup appellent l’«Astre d’Orient», la chanteuse égyptienne Oum Kalthoum.
Une introduction, deux ouvertures et quatre mouvements… Maalouf et ses compères du projet Wind (hommage à Miles Davis paru en 2011), à savoir Larry Grenadier (contrebasse), Clarence Penn (batterie), Mark Turner (saxophone) et Frank Woeste (piano), parviennent, sans renouveler leur code, à produire un jazz innovant dans l’hommage qu’ils visent à rendre. Innovant par la justesse du ton et des arrangements (puisque Maalouf s’emploie à transmettre parfaitement la douceur idyllique des contes du Moyen-Orient), la forme (une suite) et les idées ; mais hélas quelque peu redondant dans les sonorités si l’on compare le disque au reste de la discographie « maaloufienne ». Point de drame, rassurez-vous, car Kalthoum est un album qui siéra avant tout aux amateurs de jazz et, de manière générale, confirme qu’il répond peut-être mieux à ces critères de style que certains projets antérieurs - ce qui, précédent l’écoute d’un Red & Black Light assurément plus pop, a de quoi nous rassurer.
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Quittons donc ce rêve d’évasion qu’est l’univers des Mille et une Nuits pour aborder un mythe contemporain somme toute plus général mais non moins intriguant : la femme moderne. Que dire ? Une schématique complexe (avec des polyrythmies en 19, 17 ou 27 temps par exemple), bardée de pop, de rock et d’électro… Un quartet où l’on retrouve François Delporte à la guitare, Stéphane Galland derrières les fûts et Eric Legnini aux claviers. Du modernisme, assurément. Sept compositions originales et un « Run the World (Girls) » écrit par Beyoncé.
Pour ceux qui auraient passé les 30 dernières années sur Saturne ou dans un bunker post-guerre froide, elle est LA diva du 21ème siècle, celle qui caracole dans le peloton de tête des meilleures ventes de la décennie passée et que l’on tend à présenter comme l’archétype de la femme actuelle : provocatrice, pulpeuse, exubérante… Astucieux donc, car Red & Black Light est à l’image de la chanteuse : provocateur, pulpeux, exubérant… Astucieux toujours, car ce Red & Light Light semble, à l’instar d’Au pays d’Alice, se destiner à une génération plus jeune , à défaut de gagner le coeur des jazzophiles - d’un point de vue strictement analytique, la critique jazz qui dissociera Kalthoum de Red & Black Light pourrait se heurter au constat du manque d’originalité pour le premier et du trop plein de contemporanéité pour le second. Astucieux enfin, car pris dans leur globalité, les deux projets offrent un paysage de la femme à la fois savant et historique; et selon un proverbe turc : « Qui aime la femme est cousin du soleil ».
Alexandre Lemaire
Ibrahim Maalouf, Kalthoum, Impulse/Universal, 2015
Ibrahim Maalouf, Red & Black Light, Impulse/Universal, 2015

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