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Pour bien des profanes, la lancinante question face à cet album sera nécessairement : qui se cache derrière ce nom de guerrier saxon ? Qui est Eberhard ? Eh bien, M. Weber naquit outre-Rhin il y a trois quarts de siècle, où il se forma à l'art délicat de la contrebasse jazz mais aussi classique tout en acquérant une solide réputation de compositeur. Tout cela est déjà beaucoup, mais ne serait rien si Eberhard Weber, homme de l'ombre, ne s'était surtout fait le dépositaire – plus encore, le gardien du temple et l'inventeur – d'un son qui pour le meilleur et pour le pire, marque depuis plus de quarante ans la création musicale contemporaine. Le son ECM.

Ceci expliquant cela, une brochette de grands noms ayant signé sur le label de Manfred Eicher se réunissent pour rendre hommage à Eberhard, qui a collaboré avec la quasi totalité des musiciens de l'album. Et quels musiciens... Pat Metheny, Jan Garbarek, Gary Burton, Scott Coleu, Danny Gottlieb, Paul McCandless, accompagnés par le SWR Big Band. Excitant.

Tout ce beau monde se fend d'un tribute très fidèle à la musique du maître teuton ; produisant dans une perfection formelle et technique un précipité assez saisissant de tout ce qu'on résume souvent sous le terme de « son ECM ». Un certain art de la synthèse, très orchestral et écrit ainsi que l'incarne « Hommage » de ses trente minutes, mené avec maestria aux dépens trop souvent de l'expression personnelle des musiciens (les amoureux de Metheny en seront quittes pour réécouter Bright Size Life ou certains Michael Brecker pour entendre ses meilleurs soli). Comme souvent avec ce type de production ECM, on se trouve réduit au constat d'impuissance toujours répété : cet album séduira les amateurs du genre et du label, et confirmera les autres dans leur dénonciation d'un flirt lourd avec la « musique d'ambiance » et certaines facilités harmoniques comme mélodiques.

Pour conclure sur une tonalité positive, cet hommage est l'occasion de mettre sur le devant de la scène un historique du label ; tout en retrouvant des musiciens majeurs de l'histoire du jazz, notamment un Jan Garbarek en forme, qui confirme une énième fois de son sax acidulé qu'il est peut-être le moins coltranien des saxophonistes post-Coltrane. Au fond, c'est déjà beaucoup.

Pierre Tenne

Hommage à Eberhard Weber, ECM/Universal, sortie le 11 septembre 2015