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Mais quel est donc ce quartet semblant tout droit surgir des entrailles du passé ? J'aime à penser qu'avec Géraud Portal, Etienne Déconfin, Ben Solomon et Kush Abadey, on tente à s'approcher de ce modal coltranien qui, à défaut de se vouloir compris, est simplement providentiel.

Dès les premiers instants d'écoute de ce Brothers, la virtuosité fait rage. Les feus maitrisés de Kush à la batterie (beaucoup de breaks et de jeux de cymbales) sur « Lumberjack Song », offre un cadre de présentation au talent du pianiste de tête, Etienne Déconfin. Du grand art, laissant quelque peu percevoir une filiation de jeu avec un certain McCoy Tyner !

Un solo de contrebasse, quelques frappes modales au clavier... Solomon initie de son sax la pleine ascension spirituelle de « Ben's mode ». A défaut d'être original, le morceau évoque sans fioritures, la réminiscence d'un jazz sixties en ébullition. En milieu de parcours, les frontmen lâchent un peu de leste rythmique pour ce concentrer sur la pièce maîtresse du disque. Composition à la plume grandement feutrée, « Brothers » laisse indubitablement suggérer une ode à l'amitié qui lie Etienne et Géraud depuis, maintenant, plus de dix ans. C'est d'ailleurs cette fraternité inébranlable qui semble s'illustrer sur la pochette du disque, laissant paraître deux mains fermement empoignées.

Mais parlons de « Maëlle ». Pour ainsi dire une promenade aux confins d'un amour perdu. On aimerait l'avoir vécu ou ne serait-ce que rencontrer la femme éponyme pour qui ces langoureuses mélodies ont été écrites. Moins dans la langueur que dans la simplicité élégante, « Elise » promet, quant à elle, un début de journée sans peine ni travers. De cette simplicité, le thème évolue vers quelque chose de plus enjoué : un chemin vers la frivolité pour ne pas dire une allégresse ensoleillée !

Enfin, c'est sur le morceau « Goodbye Abraham » que se conclue ce bel album. Dans un parfait revirement spirituel, l'hymne assurément coltranien nous plonge dans cet âge d'or du jazz où le cool faisait office de prière émancipatrice

Géraud Portal & Etienne Déconfin, Brothers (Gaya, 2015)

Alexandre Lemaire