Raising Benzine Franck Vaillant - Raizing Benzine, Abalone Production, 2014

Vous ne le connaissez peut-être pas encore mais les grands amateurs d'underground sauront s'en délecter. Vaillant. Non pas Michel, célèbre pilote de bande-dessinée mais Franck de son petit nom.

Une fois n'est pas coutume, j'aimerais revenir sur son premier album, Benzine (2005) car sa dimension expérimentale est telle qu'elle éclairera parfaitement ce qu'est notre batteur et compositeur : un ingénieur du son polyvalent à mille lieues du mainstream, un ovni échappant à tout cadre, y compris celui de l'underground et de son apparente marginalité. « Super Drago » par exemple s'évertue à surfer sur toutes les vagues, à réitérer l'essence du monde contemporain dans sa virtualité, son emprise électronique cauchemardesque, son trafic, ses « raves » et sa densité sonore. Imaginez : un hangar, 3 000 personnes dansant sur un son drone, bruitiste, ambient, classique doublé de flamenco. Voilà la recette de Monsieur Vaillant. Voici les images qu'il dispense. Un cinéma mondain à lui tout seul. Mais un cinéma aussi noir qu'un Bergman ou un Lynch, se nourrissant des bruits de la rue, des pulsations rythmiques de l'homme, de sa folie, de sa démesure. Aussi son univers est mystérieux, scabreux, vacillant. Et son jeu âpre, rude, dense. Pourquoi me demandez-vous ? Eh bien justement parce qu'il arpente des terres musicales arides -oserai-je dire vaillamment ?...- sans jamais s'essouffler, délivrant un son aussi volatile et acide que le Benzine.

Franck Vaillant :: Raising Benzine - New album! Teaser 2014 from Igor Juget on Vimeo.

Pour son quatrième album live Raising Benzine, je ne sais à quelle sauce ont été mangées les nourritures terrestres dont notre homme se repaît pour composer mais à coup sûr il s'est calmé sur l'électro et réintègre les rangs des musiques...plus tranquilles. Pourtant cet album demeure un drôle de mélange. Jazz, Rock, Blues, Musique du monde, Rap, on ne sait trop à quelle sauce on est mangés nous... Avec « Petit grain de sable », on file en Orient. Quelques secondes passent. À peine le temps de digérer qu'on enchaîne sur « Million dollar riff part III ». Et là, virage à 180°, on aborde les rives du blues rock avec des riffs de guitare bien trempés, une petite voix à la Robert Plant, un sax (Antonin-tri Hoang) qui se démène énergiquement et décoifferait jusqu'au brushing impeccable de notre président. Hum... « This is part of the game » offre un free jazz diablement givré mais ô combien attirant. Sans compter « Raising Benzine 3 part II » qui inaugure un slam bien darko-grinçant de K' de Kabal, rappeur dont la voix caverneuse débecte ses vibes en un monologue dramatique fidèlement à ce qu'il sait faire - ou plutôt soliloque qui, concédons-le, ne sera pas sans nous faire sourire : « Là d'où je viens, la prise de parole n'existe pas. », oui Kabal oui.

Avec Michel Vaillant, heu pardon, Franck..., on se verrait bien à bord d'une berline roulant à 200 km/h. C'est un peu ce que prodigue sa musique : la puissance du moteur, le contrôle, la vitesse, l'adrénaline. Stimulis vaillantesque ! Rajoutez à cela que le rythme de Raising Benzing, c'est encore le gimmick de Julien Desprez (guitare électrique) donnant sa ligne de conduite à l'album. Ou encore ces voix, ces flûtes et ces applaudissements qui rappelle que Franck Vaillant, Frankenstein des temps modernes, est aussi un bruitiste. Et on aimera d'autant plus que Raising Benzing déborde d'invités pour le moins aguicheurs, depuis Emmanuel Bex et Malik Mezzadri (alias Magic Malik) à Mehdi-Haddab. Allez, « Même soleil pour tous », je laisse la parole à notre conducteur de bolides.

Agathe Boschel

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