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Quoi de plus universel qu’une chanson d’amour ? C’est la question que semble poser la musique de tous les grands interprètes de standard, de Sinatra à Bill Evans en passant par Chet ou Stan Getz. Et c’est cette même éternelle question que pose le nouveau disque de Franck Amsallem. Les auditeurs en quête d’originalité, d’acrobatie, de spectacle et de bruit passeront leur chemin : ici il n’y a de place que pour la poésie, la subtilité et la beauté intemporelle des standards du Great American Songbook. Les musiciens savent très bien que la simplicité et la sobriété sont les choses les plus dures à atteindre. Il est très facile de cacher ses faiblesses derrière une avalanche d’informations superflues pour la musique. C’est exactement ce qu’évitent Franck Amsallem (Chant et Piano), Sylvain Romano (Contrebasse) et Karl Jannuska (Batterie) pendant tout le disque. On a affaire à une musique qui ne triche pas, une musique honnête. La musique de trois gentlemen qui jouent du jazz ensemble en toute simplicité. Amsallem ne chante pas pour se mettre en avant, mais plutôt pour se mettre entièrement au service de la musique, corps et âme. Si son chant fragile domine le disque, ça ne le dispense pas de mettre l’interaction au centre du débat et de proposer quelques très beaux chorus de piano. N’oublions pas que ce Monsieur s’est exprimé entre autres aux côtés de Gerry Mulligan, de Gary Peacock, de Daniel Humair, de Bill Stewart, et qu’à 17 ans il recevait les conseils de John Lewis. Ce n’est pas par hasard. La rythmique, elle, n’est pas là pour servir la soupe et mettre en valeur un chanteur égocentrique. Non : nous avons bien là un vrai groupe de jazz, dans la tradition des grands trios Piano/Contrebasse/Batterie, dialoguant sur des standards qu’ils connaissent par cœur. Sylvain Romano et Karl Jannuska se font plaisir et c’est ce qui fait que ce disque est aussi le leur. Romano ne perd pas une occasion de faire chanter sa contrebasse. Sa sonorité est profonde et son time solide. Quand à Karl Jannuska, batteur coloriste, il nous fait une nouvelle fois la preuve de sa grande délicatesse, et il est très agréable de l’entendre jouer dans ce contexte swing plus traditionnel, lui que l’on a l’habitude de voir derrière les musiciens français les plus modernes. Mais ce disque, c’est avant tout des chansons. Des chansons absolument sublimes, d’horizons diverses (musique de film avec « The Second Time Around », comédie musicales avec « Never Will I Marry », bossa avec « Dindi » ou jazz avec «If You Could See Me Now »), qui sont traitées avec le plus grand respect. Les quelques arrangements, qui ne se limitent la plupart du temps qu’à des Intros et des Codas, apportent du relief sans dénaturer les compositions. Qu’il s’agisse de morceaux très connus (« Body And Soul » de Johnny Green, « It Could Happen To You » de Jimmy Van Heusen, « How Deep Is The Ocean » de Irving Berlin…) ou plus obscurs (« Never Will I Marry » de Frank Loesser, « Two For The Road » de Henry Mancini…), les chansons ne sont jamais prétexte à des démonstrations de virtuosité inutiles. Les musiciens ne sont là que pour servir la chanson, et non l’inverse, comme c’est souvent le cas. Les âmes sensibles auront la larme à l’œil à l’écoute de cette magnifique version de « If You Could See Me Now » du pianiste Tadd Dameron. Amsallem prend même le risque de proposer, au milieu de ces chefs-d’œuvre de la musique américaine, une composition personnelle dans le style de ce répertoire. Ainsi, « Paris Remains In My Heart », ode à la capitale, vient se fondre sans aucun souci dans la continuité de l’album, introduisant quelques paroles en Français très bienvenues, écrites par l’une de ses collaboratrice, la chanteuse Elizabeth Kontomanou. Quel bonheur de constater qu’une telle musique existe en 2014. Elle vient rappeler quelques bases, sans tomber pour autant dans la nostalgie. Des disques comme celui-ci nous rappellent que ce répertoire de chansons d’amour est universel et atemporel, qu’il n’a rien perdus de son sens en 2014 et que les musiciens se pencheront sûrement encore dessus dans 100 ans. Tant qu’il y aura des musiciens pour les jouer et des auditeurs pour les écouter, ces chansons réussiront ce pour quoi elles ont été composées : nous rendre la vie un peu plus belle.

Martin Cazals

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