La France est un pays porteur d’une grande tradition free jazz. Depuis Mai 68, les fans de Magma et de Soft Machine les plus prétentieux ne jurent que par Pharoah Sanders ou les derniers Coltrane, tandis qu’à la fin des années 60, des stars du mouvement tel qu’Archie Shepp ou l’Art Ensemble of Chicago enregistraient leurs meilleures faces dans notre belle capitale. Près de 40 ans plus tard, ou en sommes-nous avec cette musique symbolisant pour certains un esprit de révolte et de contestation lorsque d’autres n’y voient que de la branlette musicale stérile et inaudible? Réponse : le Quartet du saxophoniste Emile Parisien.

Premier constat : la musique de ce « Chien Guêpe » est loin d’être inaudible. Le pari tenu ici par le saxophoniste « star » semble être la recherche d’un Free accessible, bénéficiant comme beaucoup de productions actuelles des techniques d’enregistrements les plus modernes. Cet aspect, qui on s’en doute, fera fuir nombres de puristes cantonnant le Free Jazz à l’underground, est en réalité tout à son honneur.

Qu’en est-il de la musique à présent ? Une chose saute aux oreilles dès le premier morceau : le groupe, créé en 2004, tourne à plein régime et est incroyablement rodé par les années de tournées et d’enregistrements. Le résultat est une interaction quasi télépathique entre les musiciens, élément indispensable à la réalisation d’un bon disque Free. Voilà pour les aspects positifs. Maintenant le grand point faible du disque : les parties écrites. En effet, contrairement à de nombreux disques se réclamant de cette esthétique, la musique ici n’est pas entièrement improvisée et le niveau de compo sur l’album est globalement assez bas. Surtout sur le morceau d’ouverture, au titre stupide (« Dieu m’a brossé les dents », rien que ça), composé par le batteur Sylvain Darrifourcq. La meilleure composition est à mon sens celle du pianiste Julien Touéry (« Bonjour Crépi »), qui se fend d’un chorus hystérique porté par une walking-bass et un Chabada qui semblent tout droit sorti de chez Ornette Coleman. Plus classique certes, mais ô combien plus efficace. Bref, on l’aura compris, les passages improvisés sont de loin les plus passionnants de l’album.

Que retenir de cette dernière livraison de l’un des Quartet les plus « Hip » (pour reprendre cette expression chère à Miles Davis) du paysage Jazz français actuelle ? Pas désagréable mais tout de même un peu surestimé. Le disque gagne à ne pas être plus long (40 minutes, timing parfait, une minute de plus et on aurait commencé à regarder nos montres) et les musiciens, connaissant les codes du genre, jouent avec sans jamais réellement les transfigurer. Pour conclure, les gens ne connaissant rien au Free Jazz pourront être séduits par cette musique parfois pompeuse, parfois intéressante, bien que taillé pour les heures de grandes écoutes de TSF Jazz… Ceux qui s’y connaissent pesteront, jetteront le disque (et son hideuse pochette) par la fenêtre et remettront sur la platine leur disque préféré de Cecil Taylor ou d’Albert Ayler…

Martin Cazals

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Emile Parisien - Chien guêpe

 

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