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À l'issue de son DEA d'alchimie, Diego Imbert parvint à dompter la mort : il ressuscita Reid Miles et Francis Wolff pour qu'ils réalisent la dernière des pochettes qui firent entre autres la réputation de Blue Note dans les années 50 et 60. Bonne idée, quoiqu'on puisse en vouloir au contrebassiste d'avoir laissé pourrir aux champs élyséens Andrew Hill et Lee Morgan, mais après tout, qui sommes-nous pour juger ?

Pouf pouf, juger. Hormis cette belle pochette, Diego Imbert s'imprègne aussi de ce qu'on a appelé la nouvelle modalité, l'autre avant-garde, l'autre new thing, le post-bop, ce qu'on ne savait pas trop comment appeler et qui se trouvait effectivement chez Blue Note. Un soupçon de Dolphy première époque, du Freddie Hubbard deuxième époque, quelques traces de Hancock époque du milieu... En fait, pour sortir du label, surtout le second quintet de Miles. Et c'est toujours une bonne idée, surtout à entendre le son cristallin du bugle d'Alexandre Tassel. Prince of darkness pour lui.

Bonne idée sans harmonie puisque pas de piano. Pas de piano, c'est beaucoup d'espaces, et l'espace ça se remplit entre autres avec des couleurs. CQFD : voir le titre. Le quartet de confection pas si classique que ça (deux soufflants/basse/batterie) en profite pour exploiter à fond et avec talent les potentialités harmolodiques de la formation : dialogue à deux des vents sur « Blue Azurin », entre unisson et dissonance, explorations modales de « Blugaloo », jeu rythmique assez fou sur le ternaire de « Valse Payne » par l'impeccable (et fou) Frank Agulhon. Je suis le fil des pistes, et c'est bon.

Synthétisons. L'influence d'une tradition complexe du jazz – voir ci-dessus : celle qui n'a pas vraiment de nom – est ici remarquablement investie dans des compositions fines et complexes par des musiciens vraiment intelligents pour un travail bien plus vaste que celui sur les seules couleurs. Insistons. l'espace béant laissé par la formation sans piano est occupé par des dialogues du quartet (ou par groupes de deux ou trois) pour produire une musique neuve malgré ses amarres lancées dans l'histoire du jazz. Concluons. ces quatre musiciens ont un grand talent et trouvent des grooves sensibles dans l'épure où s'épanouissent les évanescences bien connues du saxophone de David El Malek aussi bien que dans les basses de moudjahidin mingusien (ou roncarterien peut-être) du leader. Avisons : un album exquis, une musique puissante, un quartet raffiné. J'aime beaucoup.

Diego Imbert Quartet - Colors, SuchProd/Harmonia Mundi, sortie le 7 avril 2015

Pierre Tenne

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