Short Stories est le deuxième album du contrebassiste australien Desmond White, son premier en tant que chanteur. Installé à New-York, il collabore fréquemment avec Gilad Hekselman, Shai Maestro ou encore le batteur Nate Wood. Comme ce dernier, auteur de plusieurs albums autoproduits qui circulent dans les cercles d'initiés, White a écrit et enregistré seul l'essentiel de cet opus, une série de chansons marquées par un sens de la forme et un lyrisme subtils.Avec une ironie douce-amère, les paroles explorent la difficulté d'aimer et d'être aimé, le passage du temps et les occasions manquées en chemin. Tous les thèmes sont abordés avec retenue, et une absence marquée de pathos. Les situations prennent vie par des détails saisissants.

Les mélodies finement ciselées démentent le cynisme apparent de titres comme "Green Card", où le chanteur promet à une jeune américaine qu'elle est "plus qu'une simple carte verte, plus douce qu'un visa" (titre de séjour américain). La voix de Desmond White et son jeu de guitare sont d'une imperfection très pure et expriment à merveille les émotions, les doutes et les regrets dans leur nudité. Chaque couplet apporte son lot de surprises d'orchestration, ici une ligne de guitare, là une harmonie plus riche.

La plupart des chansons prennent des tournants inattendus qui ouvrent soudain une perspective rêveuse dans le paysage du morceau, en particulier sur le pont de "Dancer" et la coda de "Brown Leaves" où le rythme se dissout avec une douce brusquerie. On pense aussi à l'interlude rhapsodique de "Wait", interprété par le prodigieux Fabian Almazan dont le romantisme peut ici s'épancher librement. C'est sur le tout jeune label du pianiste, Biophilia que sort Short Stories, ce qui laisse augurer du meilleur pour cette nouvelle enseigne.

La seule autre voix qu'on entend sur l'album est celle de la chanteuse Gian Slater, superposée en polyphonie envoûtante sur le morceau "Blue Tunnel" qui rappelle certaines des chansons de Bjork. Short Stories est un labeur de patience et de goût, un album auquel on peut revenir sans lassitude et qui vous accompagnera longtemps.

Guilhem Flouzat