Amphi Radio Rondo

Amphi Radio Rondo

Barry Guy, Amphi-Radio Rondo, Intakt Records, 2014

Ma mission de Noël sera donc de me plonger dans le catalogue 2014 de la maison helvète Intakt, vigoureuse trentenaire devenue l’arche salvatrice d’un certain jazz – pas le plus commercial – qu’elle soutient sans trébucher par ses exigences musicales et le design de ses pochettes dont l’abstraction ne laisse pas de me fasciner ; papillon falot happé par la lumière incandescente de ces étranges beautés.

Au petit jeu des comparaisons débiles, l’orchestre ici assemblé par Barry Guy a tout du All-Star NBA de la scène free/musique improvisée européenne (cette fameuse scène où s’épanouit Intakt, qu’il faudrait quand même qu’un jour quelqu’un définisse véritablement) dans laquelle le bassiste anglais est un phare, un phénix, un sage. A ses côtés, les vétérans et amis qui le suivent depuis plus (Maya Homburger et Evan Parker) ou moins (Agusti Fernandez, quoique) longtemps. Le tout pour deux compositions maisons de plus de vingt-cinq minutes chacune, « Amphi » puis « Radio Rondo », fidèles à ce que produisent les orchestres de l’anglais depuis une quinzaine d’années.

Et que font-ils donc, ces orchestres ? Une musique extrême, un free symphonique et très écrit ponctué d’improvisations ou bien délirantes, ou bien maniaques de la part de musiciens qui dominent avec indécence leur sujet. Indécence qu’il devient lassant de souligner, tant ce all-stars n’a plus rien à prouver. Point de rookie ici ; la moyenne d’âge dépassant allègrement les cinquante ans. Dans cet Amphi – Radio Rondo, la gravité des textures mises en valeur par Barry Guy permet toutefois de donner à certains l’occasion de se distinguer plus encore : Maya Homburger sur « Amphi » au violon baroque ; Hans Koch à la clarinette basse, tous les soufflants en fait entre les saxophones et le tuba. Le tuba ! Quel noble instrument…

L’album, impudique, fait étalage du degré de sagesse et de maîtrise irrémissible atteint par les musiciens. Barry Guy est sans doute possible un grand capitaine doublé d’un excellent compositeur. Sans doute possible également, cette performance figure dans les bonnes places de sa discographie et doit inciter les amateurs du genre à la désirer ardemment. Pour casser l’ambiance, il faut cependant avouer que l’Anglais et ses compères surprennent moins depuis quelque temps que leurs créations semblent plus embourgeoisées dans une formule qui a prouvé son efficacité, notamment depuis 2000 et l’excellentissime Inscape – Tableaux (déjà chez IntaktRecords). Amphi – Radio Rondo, sorti depuis plusieurs mois, est dans la même veine et vaut qu’on s’y attarde ne serait-ce que pour la raison que ces musiciens sont certainement en train de faire l’histoire de leur musique si délicate. Si l’on cherche plus d’évasion dans la production pléthorique de Barry Guy, on pourra se reporter sur son trio avec Agusti Fernandez et Ramon Lopez sorti il y a un an et chroniqué ici-même.

Pierre Tenne

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