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« Antonio est plus qu’un excellent pianiste ; c’est un grand. » - Herbie Hancock. La simple phrase devrait suffire à nous ôter les mots de la bouche. Parce qu’écouter la musique de Faraò, c’est plonger dans le souvenir fumant d’un jazz abattant les frontières du conformisme, c’est prolonger l’héritage des inclassables Wayne Shorter et autres Miles Davis (second quintet oblige!). C’est, en définitive, arpenter le jazz avec une âme d’enfant : s’adonner à une créativité pure et spontanée, comme un McLaughlin à qui Miles dit un jour, « Joue-le comme si tu ne savais pas le jouer », le désir d’avant-gardisme en moins.

Voilà donc un 13ème album, virtuose, qui, dans la suite d’Evan (Cristal Records) enregistré avec Ira Coleman, Jack Dejohnette et Joe Lovano, poursuit le dialogue en quartet, cette fois, aux côtés d’anciens partenaires de jeu italiens : Mauro Negri, collaborateur de Richard Galliano (on remarque qu’il a pour l'occasion troqué sa clarinette pour les sax tenor et soprano), l’ex-protégé d’Enrico Rava, Mauro Beggio, derrière les fûts, et enfin son contrebassiste de longue date, Martin Gjakonovski. Si les premières notes d’ouverture de ce Boundaries paru chez Verve effraieraient presque par leur lyrisme aussi libre que libérateur, la candeur des mélodies et leur agencement explosif parachèvent cette impression en attisant quelques délicieuses flambées émotionnelles. D’autres fois, ces mêmes moyens d’expressions, en proie au besoin primaire de chambouler les codes sans dévoyer l’harmonie générale, nous font tendre l’oreille jusqu’à ce qu’un sentiment d’incompréhension nous submerge - comment expliquer le groove de « Not Easy » autrement que par son titre?. Il est finalement des retours à l’accalmie très introspectifs (« My Sweetest », « Around Phrygian »), soulignant alors l’attrait de Faraò pour ses pères spirituels que sont entre autres Bill Evans, ou Keith Jarrett. En somme : du beau, du vrai.
Laissant paraître, plus que des envies aventureuses, le besoin de se perdre dans les méandres d’un jazz louangé à défaut d’avoir été un jour justement classifié, le quartet dévoile enfin une formidable aptitude à renouveler des classiques contemporains tels « Maiden Voyage » (Herbie Hancock) et « Hand Jive » (Tony Williams), et dès lors nous confronte à cette ouverture des frontières du jazz (les boundaries du titre) entreprise à l’aube des sixties. Par-delà l'hommage, le disque est un voyage où l’on paie les frais de la seule chose vraie à savoir sur le genre : codifiez, classez, et vous vous enfermerez.
Alexandre Lemaire
Antonio Faraò - Boundaries, Verve, 2015

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