Holophonic Premier album du trio fondé par Alexandre Herer, pianiste et compositeur, « Holophonic » réalise tout ce que peut contenir de tranchant et de percutant une formation classique de trio piano/basse/batterie. Les compositions reposent sur la construction d’ostinatos exécutés par la contrebasse et le piano, des motifs courts et rythmiques qui tirent leur force de leur concision, presque des riffs. Ces motifs, réalisés à partir de quelques notes mais surtout des silences ont quelque chose de réduit, de squelettique. Ce qui permet justement aux compositions d’être si bien charpentées.

Où mène la répétition de ces figures ? Sûrement pas à du jazz « lounge » ou « ambient » ! Les musiciens sont entêtés. Ils réactivent tout du long d’un morceau une même cellule rythmique, des solutions capricieuses et instables car à cheval entre les temps. Ce, jusqu’à ce qu’une rupture franche nous fasse tomber dans une toute autre atmosphère, comme dans «le morceau « Phon » où la composition débouche sur un rythme rock, du genre le plus basique, et sur lequel un glockenspiel distille quelque chose de troublant.

Oui, dans cette répétition, il y a la volonté d’être rude et d’amener un état de tension permanent. Les parties plus solistes du pianiste n’ont aucun vocation à adoucir les angles tranchants des ostinatos. Au contraire le jeu est aussi précis que sec, virant même parfois au minimalisme quand une unique note est répétée avec obstination dans « Dynamic Range », en tout cas, aucune recherche de remplissage élégant. Le morceau « Minimum Audible Field » où sont présents deux saxophonistes invités, montre au mieux l’envoutement que peut produire la répétition et surtout que celle-ci n’engendre aucun statisme.

Voilà donc une musique tendue et imprévisible qui ravira ceux qui cherchent à entendre enfin un trio de jazz sonner d’une manière différente du trio de jazz tel qu’on se le représente instinctivement.

Thomas Cavalan 

Comment