Après s'être rivé pendant deux ans sur la création d'un lieu de résidence et d'enregistrement lié au Piano Barge de Vannes, le bugliste est de retour. Lui, Julien Charlet et Laurent de Wilde -ou “L2W”- se sont fait avec le temps une réputation de défricheurs lancés entre autres à la conquête des terres électroniques. Dans Serenity, ils reviennent vers des contrées qu’ils n’ont jamais quitté une fois réunis en quintet. Avec cette formation, Alex Tassel avait tourné dans les grands festivals français en 2011 après avoir été élu “Talent Adami”. Avec l’expérience et les années qui passent -ils se connaissent depuis le début des années 2000- le quintet s’est forgé un son de groupe irréprochable. Seul le saxophoniste Guillaume Naturel n’apparaît pas dans le line-up traditionnel. Sur l’album, ces cadors de la scène jazz française sont accompagnés par le non moins expérimenté saxophoniste Sylvain Beuf. Des ballades aux manifestes hard bop, ils se maintiennent avec cohérence dans un jazz que les puristes apprécieront.

Et c’est quand ils durcissent le ton qu’on les aime. Par exemple lorsque Diego Imbert et Laurent de Wilde introduisent “Departure” avec un motif assez rêche pour raboter toute la politesse des temps qui courent.

À ce jeu là, on remarque beaucoup Laurent de Wilde dont les phrases -ou cabrioles- poussent immanquablement à l’exclamation du bon spectateur de club ! Allant à l’économie quand il le faut, l’accompagnateur hors pair qu’est ce monsieur ne s’efface pas derrière les soufflants par quelques rares accords. Non, Laurent de Wilde ne ménage pas ses effets. Pas en reste dans ce domaine Diegot Imbert imprime un rythme soutenu (“Losang”, “Doude” ou “Departure”) alors que Julien Charlet apporte à ces titres de l’ardeur et du dynamisme par son jeu très énervé. Entre ruptures et variations abruptes, on ne boude pas notre plaisir… Quelle section rythmique ! Et quelle écriture au millimètre !

Par delà la virtuosité, le lyrisme. Au Bugle et au saxophone, Alex Tassel et Sylvain Beuf déballent eux aussi leur vivacité mais apportent beaucoup d’élégance à cet album d’une richesse et d’une intensité exemplaire.

Il n’y a rien à redire, on prend plaisir à écouter Serenity de bout en bout. Alex Tassel et ses quatre fantastiques maîtrisent à la perfection un langage qu’ils ne cessent de sublimer. Ils joueront au Duc des Lombards les 5 et 6 juin et je m’en frotte les mains.

Florent Servia