cover-117-face-avant-4 Pour un premier album qui se veut percutant, Flash memory est dans le cadre - soyons ébahis, c'est peut-être le seul de cette étonnante formation... Avec 117 ELEMENTS, l'aïeul jazz et l'enfant pop marchent main dans la main. Le 117 ELEMENTS, c'est d'abord une rencontre phare : celle d'une génération de musiciens qui transcendent en permanence les frontières des styles. Le bassiste Julien Herné et le claviériste Tony Paeleman se connaissent et jouent ensemble depuis plus de dix ans. Duo polymorphique auquel s'ajoute le saxophoniste « touche à tout » Christophe Panzani et le batteur Arnaud Renaville. Un joyeux quartet qui écume les salles de concerts depuis 2010, offrant au jazz une bonne rasade décoiffante de pop. Et notre album alors ?

Le premier morceau « Mario » signe une entrée... déconcertante. Bienvenue dans la boîte de nuit la plus « branchée » d'Ibiza. Notre quartet nous balance sans complexe un pur son électro-pop à la rythmique groove bien trempée. Tout de même, drôle d'oiseau que « Mario » : imaginez ce solo lyrique et répétitif du rhodes de Tony Paeleman qui nous projette à vitesse lumière dans les années 80. Et la basse de Julien Herné qui répond par des petits accords funks sautillants. Et les coups des baguettes d'Arnaud Renaville semblables à des applaudissements. Sans compter le decrescendo final cultissime -parce que tellement 80's- qui laisse nos musiciens à bout de souffle. Non décidemment, ne manque que les voix et le tableau pop sera complet... Nos quatre garçons se sont-ils jamais autant amusés ? Allez, derniers applaudissements. Silence de répit. « Shimmer ». On quitte le monde décomplexé de la pop kitsch pour un son plus calme.

Flash memory est un album prometteur « branché » qui surfe sur les musiques électroniques de l'extrême contemporain et plaira certainement aux amoureux de la pop et de « l'électro jazz ». Un album bleu klein si l'on veut. Nouvelle couleur. Nouvelle vague. Un son assez minimaliste quoique compact. Dense mais partiel. Sous le signe paradoxal de la réunification et du morcellement. Je m'explique : si l'album fonctionne en huis clos, il ne s'en construit pas moins de manière parcellaire. Chaque instrument travaille d'abord pour son propre compte et évolue dans un domaine clairement délimité. Ce qui n'empêche pas nos musiciens de créer paradoxalement un espace de jeu au sein même de leur territoire respectif. Voici la force de l'album. Volontairement fragmentaire, Flash memory joue allègrement la carte de la fracture en se posant sur la brèche ouverte par les différences inter-instrumentales. Bien sûr, il y a en premier lieu cette disparité entre le jazz et la pop, disparité qui transparaît dans l'écart sonore entre le saxo et la batterie au son somme toute assez cru et des instruments électroniques amplifiés comme le rhodes ou la basse. Du reste, nos musiciens expérimentent et tâtonnent encore dans leur groove organique. Mais qu'importe, on demeure surpris par cette onde de choc.

Agathe Boschel